Publié : 19 juin

Le berger de cochons et le verrat

Le bardgie des poues èt le verrat

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 19 juin 2020

Le bardgie des poues èt le verrat

Au temps lointain du berger de cochons.
Ç’ n’ât pe ènne petète aiffaire que de voidgeaie les poues. Ces fotues bétes aint le diaîle â coue po allaie bâssaie laivou qu’ès n’ dairïnt pe, po ritaie d’ènne sens èt d’’ènne âtre, chneuquaie, chmarotsaie.

Ïn bé maitïn d’Aiscension, le bardgie des poues de Bonfô voidgeait les bétes en lai rive di bôs. Èl était en train d’yôs raicontaie ènne hichtoire qu’èlles aivïnt l’air de compâre.Tot d’ïn côp, è voit trégie
feu di bôs ïn bogre de mâtin d’ loup qu’â yue d’étre en lai mâsse d’avô les âtres barotchous ne pensait qu’è louedraiyie èt dévoûeraie. Ci peut laire se tchaimpe cment ïn éyujon chu l’ verrat, le prend poi l’ cô èt l’entrïnne contre le bôs.

Le poûere bardgie que se sentait trop çhiaile po yuttaie n’é ran de pus preussie que de rittaie â v’laidge po tyeuri di s’coé. È vait en lai premiere m’ajon, en lai doûejieme, en lai trâjieme, niun. Èl ôt di brut d’ lai sens di môtie, y ritte. Les fidèyes tchaintïnt lai mâsse è tue-téte. È tend lai téte poi lai poûetche èt yôs breûye : « Vos peutes bïn tchaintaie. Le loup é pris vot’ verrat. Sât’ré vos trues tiu qu’ vorré. »

D’après Antoine Biétrix (1817-1904), Lai lattre de Bonfô.

Notes
trégie, surgir
les âtres barotchous, les autres paroissiens
ïn éyujon, un éclair


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Le berger de cochons et le verrat

Au temps lointain du berger de cochons.
Ce n’est pas une petite affaire de garder les cochons. Ces foutues bêtes ont le diable au corps pour aller fourrer leur groin là où elles ne devraient pas, pour courir de ci de là, fouiner, marauder.

Un beau matin d’Ascension, le berger de cochons de Bonfol gardait ses bêtes à la lisière du bois. Il était en train de leur raconter une histoire qu’elles avaient l’air de comprendre. Tout à coup, il voit surgir du bois un bougre de mâtin de loup qui, au lieu d’être à la messe avec les autres paroissiens ne pensait qu’à chaparder et dévorer. Cet affreux voleur se jette comme l’éclair sur le verrat, le prend par le cou et l’entraîne vers le bois.

Le pauvre berger qui se sentait trop faible pour lutter n’a rien de plus pressé que de courir au village pour chercher du secours. Il va à la première maison, à la deuxième, à la troisième, personne. Il entend du bruit du côté de l’église, il y court. Les fidèles chantaient la messe à tue-tête. Il tend la tête par la porte et leur crie : « Vous pouvez bien chanter. Le loup a pris votre verrat. Saillira vos truies qui voudra. »

D’après Antoine Biétrix (1817-1904), Lai lattre de Bonfô.