Publié : 11 août

Le sixième commandement

Le chéjieme c’maind’ment

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 11 août 2017

Le chéjieme c’maind’ment

Le nové tiurie s’était aitch’tè ïn véyo. Ïn véyo d’ fanne è câse d’ lai sotane. Ïn djoué, grant émoi en lai tiuere, le véyo aivait dichpairu. An eut bé chneuquè tot poichot, ci neû véyo d’moérait introvaibye.

- Ât-ce qu’ vôs n’ l’airïns p’ rébyè d’vaint l’écôle aiprés l’ catétçhisse ? preposé sai servante.

- Nian, mai boènne Mairie. Le catétçhisse, c’était djûedi péssè. Mon véyo, ç’ât dâ yundi qui n’ l’eurtove pus.

Le yundi, c’était condgie tchie les tiuries. L’enquête que m’né l’ tiurie n’ bèyé ran di tot. È s’en feut trovaie l’ mére. « Ât-ce qu’an n’airait p’ voulè mon véyo ? »

- Qu’ât-ce qu’ vôs allèz tçh’ri poi li ? réponjé l’ mére. Dains mai tyeumeune, è n’y é que des hannêtes dgens. Èt peus, tot l’ monde vôs ainme bïn. È n’ vïndrait en niun l’aivijoûere d’ vôs pâre vot’ véyo.

Le tiurie n’était qu’à moitan raichurie. È s’ dyait que, se l’ volou était yun d’ ses bairoitchaits, è yi s’ rait aigie d’ le décreuvi. Dûemoène, en lai grant-mâsse, è prâtch’rait chu l’ rèchpèt di bïn des âtres.

C’ment d’aivéje, le dûemoène, è monte en lai tchaïre. « Fréres, i tïns è vôs raipp’laie vos daivois de chrichtiens. Po çoli, i veus péssaie en r’vue les dieche c’maind’ments. En vôs de voûere se vôs les èz aidé cheuyè. »

Po les cïntye premies, ran è dire. « Â septieme, qu’è s’ dié, çtu que condaimne le voul, li, ès v’lant m’ouyi. »

Mains â chéjieme - Te ne commèttrés pe d’aivoûetre -, è s’ caque le front : « I saîs mit’naint laivou qu’i l’é léchi, mon véyo. »

Note
aivoûetre, adultère


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Le sixième commandement

Le nouveau curé s’était acheté un vélo. Un vélo de femme, à cause de la soutane. Un jour, grand émoi à la cure, le vélo avait disparu. On eut beau chercher partout, ce vélo neuf demeurait introuvable.

- Est-ce que vous ne l’auriez pas oublié devant l’école après le catéchisme ? suggéra sa servante.

- Non, ma bonne Marie. Le catéchisme, c’était jeudi passé. Mon vélo, c’est depuis lundi que je ne le retrouve plus.

Le lundi, c’était jour de congé dans le clergé. L’enquête menée par le prêtre n’aboutit à aucun résultat. Il alla trouver le maire. « Est-ce qu’on ne m’aurait pas volé mon vélo ? »

- Qu’est-ce qu’ vous allez chercher par là ? répondit le maire. Dans ma commune, il n’y a que des gens honnêtes. Et puis, tout le monde vous aime bien. Personne n’aurait l’idée de vous prendre votre vélo.

Le curé n’était qu’à demi rassuré. Il se disait que, si le voleur était un de ses paroissiens, il lui serait facile de le démasquer. Dimanche, à la grand-messe, il consacrerait son homélie au respect du bien d’autrui.

Comme de coutume, il monte chaire. « Mes frères, je tiens à vous rappeler vos devoirs de chrétiens. Pour cela, je vais passer en revue les dix commandements. A vous de voir si vous les avez toujours observés. »

Pour les cinq premiers, pas de remarque particulière. « Au septième, se disait-il, celui qui condamne le vol, là, ils vont m’entendre. »

Mains au sixième - Tu ne commettras pas d’adultère -, il se frappe le front : « Je sais maintenant où je l’ai laissé mon vélo. »


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