Publié : 7 août 2015

Guillaume Tell

Guillaume Tell

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 7 août 2015

Guillaume Tell

Djeannot aivait aidé ïn coutelat dains sai baigatte, d’aivô d’lai chnoûere, des aigattes, des ptèts sous, des cocréyattes, èt peus tot ïn commerce. È n’aivait p’ de croûeyes musatte, èt ne v’lait p’ aittaiquaie le p’tét maigaisïn di coénat, lai pochte ou bïn lai Raiffeisen. Tot ço qu’è vlait, c’était djûere d’aivô son couté. È copait ènne trique de coudri po faire ènne rieme, des raims po faire ènne caboénatte, mains ço qu’èl ainmait l’pus c’était d’faire des aircs èt peus des flèches.

Ïn djoué, le régent l’é cheurpris que djuyait en pieinne yeçon d’hichtoire :

- Vïns-ci, criquèt ! Veude tes baigattes èt peu bèye-me tot ç’ qu’è y é d’dains.

- Mains pe mon couté ! Ç’ât ïn crôma d’ mon poirrain.

- Tot, t’és oûyi ? Le couté achi. I t’ le r’bèyerai po les grants condgies.

Le meinme soi, lai mére aippele Djeannot èt son ptèt frérat po lai moirande.

- Laivou qu’ès sont, ces crevures de gosses ?

Èlle finit poi les trovaie drie lai mâjon. Le ptèt était drassie dôs ïn aibre, ènne panme ch’ lai téte. Djeannot, è dichtaince, le vijait d’aivô son airc.

- Te r’boles ou bïn quoi ? breûye lai mére. Te poérrôs yi crevaie ïn oeûye en ton frérat. Tiu qu’vôs é aippris dïnche des mainieres.

- Ç’ât l’ régent. È nôs é djâsè d’Guillaume Tell.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.6 Mo

Guillaume Tell

Jeannot avait toujours un canif dans sa poche, avec de la ficelle, des billes, des petits sous, des coquilles d’escargots, et toutes sortes de choses. Il n’avait pas de mauvaises intentions, il ne projetait pas d’attaquer le petit magasin du coin, la poste ou la Raiffeisen. Tout ce qu’il voulait, c’était jouer avec son couteau. Il taillait une verge de noisetier pour en faire un fouet, des branchages pour construire une cabane, mais ce qu’il préférait, c’était faire des arcs et des flèches.

Un jour, le maître le surprit à jouer en pleine leçon d’histoire :

—  Viens donc ici, garnement ! Vide tes poches et donne-me tout ce qu’elles contiennent.

—  Mais pas mon couteau ! C’est un cadeau de mon parrain.

—  Tout, tu as compris ? Le couteau aussi. Je te le rendrai aux grandes vacances.

Le même soir, la mère appelle Jeannot et son petit frère pour souper.

—  Où sont-ils, ces chenapans ?

Elle finit par les trouver derrière la maison. Le petit était dressé sous un arbre, une pomme sur la tête. Jeannot, à distance, le visait avec son arc.

—  Tu perds la tête quoi ? hurle la mère. Tu pourrais crever un œil à ton petit frère. Qui vous a appris des combines pareilles ?

—  C’est le maître. Il nous a parlé de Guillaume Tell.

La chronique patoise du QJ en direct :

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