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Par : Fleury LJ
Publié : 1er octobre 2010

Dûe vôs è oûyie, Dieu vous a entendue ! Bernard Chapuis

Bernard Chapuis

Mâlhèvurouses câtches


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info document -  MP3 - 3.1 Mo

Le P’tét Sat chez l’Grôs, t’l’és encoè cognu ? Eh bïn, ç’n’ât p’de lu qu’i veus djâsaie, mains de son grand-pére, l’Albert di Bout-d’là. Èt peus d’sai fanne, lai Léa. An yi diaît lai Léa di Cras. Oh, çoli n’te dit ran, t’és bïn trop djûene. Quél aîdge que t’és, dis voûere ? Septante-chés ? Eh bïn, te n’les fais pe.

Bon, i r’vïns en çt’Albert di Bout-d’là. Çtu-li, c’était ïn sacré djvou d’câtches. Tos les sois tchie l’un tchie l’âtre ou bïn â cabaret. Èt peus, ç’ât qu’è djuait és sous. È predgeait bïn svent. Tiaind qu’an doubyè lai mije, te vois c’ que çoli poyait bèyie.

Dains ci temps-li, les fannes n’aivïnt ran è dire. L’hanne poyait faire de ses sous ç’qu’è vlaît, aitchtaie, vendre ét piedre és câtches. È y en aivaît que paitchïnt en lai foire d’aivô ïn tchvâ èt peus ènne tchairatte èt que rvenyïnt sains aippiaidgeaidge, sains ran qu’yôs eûeyes pô pueraie. Ès aivïnt tot predju és câtches.

In soi, ç’t’Albert était â Tchvâ Bianc è djuere d’aivô l’régent, le maire èt peus l’tiurie. Mains ô, le tiurie. Le chire aivaît aich’bïn çte croûye pachion.
Ès fsïnt ïn stöck. I n’sais p’ d’aivô tiu èl était, ç’t’Albert di Bout-d’là, craisbïn d’aivô l’tiurie. Chuffi. È predgeait, c’ment d’aivéje. Li d’chus, l’tiurie qu’aivaît les bours rébie d’ les annonçaie. Dous cents d’fotu ! Tot d’ïn côp, rouf ! Mon Albert tchoyét d’sai sèlle. C’n’était sai premiere aittaique, mains c’té-ne rsannaît p’és âtres. Elle l’aivaît empoétchè. Pus d’Albert ! Moûe, roide moûe ! Çoli peut airrivaie. Çoli s’voit ch’lai feuille. Le tiurie y è bèyie lés dries sacrements. Les âtres diant à régent :

- E t’fât allaie aif’tchi lai Léa. Ç’ât toi que djâses le meus. T’veus bïn saivoi ç’qu’è fât yi dire. Dépadge-te 

C’te Léa n’était p’onque â yét. Elle raicmodaît des tchâsses po ses afaints, ou bïn elle tacouènaît les grïmpe-tiu de son hanne.

- Tiu ç’ât ? que breûye c’te Léa qu’aivaît aidé pavou l’soi.

- Ç’ât moi, l’régent.

- Qu’ât-ce qu’vôs me vlèz ?

- I vïns â sudjet d’vôte hanne.

- E n’ât p’li, èt peus vôs l’saîtes bïn. El ât à Tchvâ Bianc, en train d’jûere és câtches, cment tos les sois.

- Tot chu, tot chu.

- Èt pe è pie, qu’i m’pense. El é dj’ predju brâment ?

- O âye, bogre âye, cment vôs dites, Léa. Brâment,brâment.

- O bïn, régent, se Dûe poyait l’peuni. Vôs voites, ç’n’ât po yi soitaie di mâ, mains s’è poéyait tchoére de sai sèlle, vôs voites, ènne boènne attaique, èt peus qu’è yi d’moéreuche. I en srôs débairraissie de ci grôs peûri.

- Eh bïn, mai boènne Léa, le bon Dûe vôs è oûyie. È vôs è exâcie.

B. Chapuis

Cartes fatales

Le P’tit Sec chez l’Grôs, tu l’as encore connu ? Eh bien, ce n’est pas de lui que je veux parler, mais de son grand-père, l’Albert du Bout-d’là. Et de sa femme, la Léa. On lui disait la Léa du Cras. Oh, cela ne te dit rien, tu es bien trop jeune. Quel âge que tu as déjà ? Septante-six ? Eh bien, tu ne les fais pas.

Bon, je reviens à cet Albert du Bout-d’là. Celui-la, c’était un sacré joueur de cartes. Tous les soirs chez l’un ou chez l’autre ou encore au café. Et puis, c’est qu’il jouait aux sous. Il perdait bien souvent. Quand on doublait la mise, tu vois ce que cela pouvait donner.

En ce temps-là, les femmes n’avaient rien à dire. L’homme pouvait faire de ses sous ce qu’il voulait, acheter, vendre et perdre aux cartes. Certains partaient à la foire avec un cheval et un char et revenaient sans attelage, il ne leur restait que les yeux pour pleurer. Ils avaient tout perdu aux cartes.

Un soir, cet Albert était au Cheval Blanc, il jouait aux cartes avec l’instituteur, le maire et le curé. Mais oui, le curé avait lui aussi cette funeste passion.

Ils faisaient un yass à quatre. Je ne sais plus avec qui il était, cet Albert du Bout-d’là, peut-être bien avec le curé. Suffit. Il perdait, comme d’habitude. En plus, le curé qui avait les quatre valets dans son jeu oublie de les annoncer. Deux cents points de fichu ! Tout à coup, vlan ! Mon Albert tombe de sa chaise. Ce n’était pas sa première attaque, mais celle-ci ne ressemblait pas aux autres. Elle l’avait emporté. Plus d’Albert ! Mort sur le coup ! Ce sont des cas qui arrivent. On en voit dans le journal. Le curé lui a administré les derniers sacrements. Les autres dirent à l’instituteur :

- Il te faut aller avertir la Léa. C’est toi qui t’exprimes le mieux. Tu sauras bien trouver les mots. Dépêche-toi 

Cette Léa n’était pas encore au lit. Elle ravaudait des bas pour ses enfants, ou bien elle rapiéçait les salopettes de son mari.

- Qui c’est, crie cette Léa, qui avait toujours peur le soir.

- C’est moi, l’instituteur.

- Qu’est-ce que vous me voulez ?

- Je viens au sujet de votre mari.

- Il n’est pas là et vous le savez bien. Il est au Cheval Blanc, en train de jouer aux cartes, comme chaque soir.

- Sûrement, sûrement.

- Et il perd, je suppose. Il a déjà perdu beaucoup ?

- Oh oui, bougre oui. Comme vous dites, Léa, beaucoup, beaucoup.

- Ah, Maître, si Dieu pouvait le punir. Vous voyez, ce n’est pas pour lui souhaiter du mal, mais s’il pouvait tomber de sa chaise, vous voyez, une sérieuse attaque, et qu’il reste sur le carreau. J’en serais enfin débarrassée, de ce gros fainéant.

- Eh bien, ma bonne Léa, le bon Dieu vous a entendue. Il vous a exaucée.

B. Chapuis