Publié : 26 juillet

Pas si folle

Pe chi dôbe

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 26 juillet 2019

Pe chi dôbe

Ç’ât l’ mairiaidge di siecle, ïn tot grand mairiaidge. Dôs les tyâts, â long d’ sai grant-mére, le p’tèt Drien ravoéte d’aivô des ronds l’oeûyes. Lai mairièe airrive en calèche. Èlle entre â môtie â brais d’ son pére. Dous afaints bïn vétis poétchant lai londye traînne, ïn boûebat de l’aidge di Drien èt peus ènne baich’natte cment çt’Élodie qu’ le Drien ainme taint èt qu’ât en l’écôle des soeurs d’aivô lu. Le mairiè cheut, â brais d’ sai mére. V’nyant les d’moisèlles d’hannoue, les boûebes d’hannoue èt tos les envèllies. Le p’tèt Drien èt sai grant-mére s’ botant drie. Les mairiès prenyant piaice d’vaint l’âté. Tiaind que le prétre airrive, aicompagnè d’ ses minichtres, les dgens s’ yeuvant. Lai cérémonie peut ècmencie
Le p’tèt Drien s’ennue, è trove le temps grant. Pus d’ïn côp, è tire sai grant-mére poi lai maintche.

- Ç’ât bïntôt fini ?
- Coidge-te !

Enfïn, le prétre bénât l’aissembyèe èt s’en vait d’aivô ses minichtres. Lai Sïnte-Cécile tchainte ïn tot bé tchaint èchqueprès gray’nè poi l’ régent po lai circonchtance. Les novés mairiès tyittant l’ môtie en premie. Les dgens s’yeuvant, baittant des mains èt breûyant : « Vivent les mairiés ! »

- T’és vu, Mémé, dit le p’tèt Drien. Èlle n’ât p’ dôbe, la mairièe. Èlle entre â môtie d’aivô ïn véye èt èlle paît d’aivô ïn djûene.


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Pas si folle

C’est un grand mariage, le mariage du siècle. Sous les tilleuls, à côté de sa grand-mère, le petit Adrien regarde avec des yeux ronds. La mariée arrive en calèche. Elle entre à l’église au bras de son père. Deux enfants tirés à quatre épingles portent la longue traîne. Le garçon a son âge, la fillette celui d’Élodie, une petite amie qui est avec lui à l’école enfantine tenue par les sœurs. Le marié suit au bras de sa mère. Viennent ensuite les demoiselles d’honneur, les garçons d’honneur et tous les invités. Adrien et sa grand-mère s’assoient au fond de l’église. Les mariés prennent place devant l’autel. Quand le prêtre arrive, accompagné de ses acolytes, les fidèles se lèvent. La cérémonie peut alors commencer.
Adrien s’ennuie, il trouve le temps long. Plus d’une fois, il tire sa grand-mère par la manche.

- C’est bientôt fini ?
- Chut !

Enfin, le prêtre bénit l’assemblée et s’en va avec les servants. La Sainte-Cécile entonne le beau chant que l’instituteur a composé pour la circonstance. Les jeunes mariés quittent l’église les premiers. Les gens debout applaudissent au cri de « Vivent les mariés ! »

- Tu as vu, Grand-Maman, dit le petit Adrien. Elle n’est pas folle, la mariée. Elle entre à l’église avec un vieux et elle repart avec un jeune.