Publié : 20 mai

Le ventriloque

Le ventriloque

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 20 mai 2022

Le ventriloque

Le p’tèt cirtye é inchtallè ses trâtés ch’ lai grante piaice di v’laidge. Â programme di soi, è y ïn ventriloque que djâse d’aivô sai mairionnatte sains eurmuaie les maîrmes. L’airtichte fait l’ toué di v’laidge aivaint lai r’présentâchion. Le Poulotat ât chu son femie. Le ventriloque é envie de yi djûere ïn toué
- Vôs l’ saivïns qu’ vos animâs djâsant ? qu’è yi d’mainde.
- Vôs m’ prentes po ïn fô ou bïn ?
Le ventriloque demainde en ènne dgerènne que pésse drèt poi li c’ment qu’èlle vait. « Oh, Chire, que répond lai dgerènne, tot adrait bïn se lai fèrmiere ne m’ pregnait p’ tos mes ûes. Çoli fait qu’i n’ peus p’aivoi de pucïns. »
Le paiyisain n’en r’vïnt pe. È raivoéte sai dgerènne, tot ébâbi.Le ventriloque s’aippreutche d’ènne vaitche que tchaimpoiye poi li. È yi d’mainde s’èlle ât bïn trâtèe èt s’èlle se sent bïn dains çte fèrme. « Oh, Chire, que répond lai vaitche, tot adrait bïn se l’ paitron ne m’ pregnait p’ tot mon laicé. »
De pus en pus ébâbi, le paiyisain raivoéte sai raimèlle èt sembye ne pus lai r’coégnâtre.
- Dâli, vôs m’ craites mit’naint ? Ès djâsant vos ainimâs, tus. Aittentes, i m’en vais encoé djâsaie d’aivô çte tchievre que tchaimpoiye â bout d’ènne coûerdge.
- Nian, nian, protèchte le paiyisain. Pe çtée-li. Ç’ât ènne grôsse mentouse.

Note
Le Poulotat, Le petit Paul


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Le ventriloque

Le petit cirque a installé ses tréteaux sur la grande place du village. Au programme du soir, il y a un ventriloque qui parle avec sa marionnette sans remuer les lèvres. L’artiste fait le tour du village avant la représentation. Le petit Paul est sur son fumier. Le ventriloque a envie de lui jouer un tour
- Vous le saviez que vos animaux parlent ? lui demande-t-il.
- Vous me prenez pour un fou ou quoi ?
Une poule passe justement par là. Il lui demande comment elle va. « Oh, répond la poule, tout irait bien si la fermière ne me prenait pas tous mes œufs. De sorte que je ne peux pas avoir de poussins. »
Le paysan n’en revient pas. Tout surpris, il regarde sa poule. Le ventriloque s’approche d’une vache qui broute dans les parages. Il lui demande si elle est bien traitée et si elle se sent bien dans cette ferme. « Oh, répond la vache, tout irait bien si le patron ne me prenait pas tout mon lait. »
De plus en plus éberlué, le paysan observe sa rouge et blanche, il lui semble ne plus la reconnaître.
- Alors, vous me croyez, maintenant ? Ils parlent, vos animaux, tous. Attendez, je m’en vais encore m’entretenir avec cette chèvre qui paît attachée à une corde.
- Non, non, proteste le paysan. Pas celle-là. C’est une grosse menteuse.

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