Par : Fleury LJ
Publié : 20 juin 2014

L’intrus

L’intrus

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 20 juin 2014

L’intrus

Ci Fridolin aivait ènne tote bèlle fanne èt des tot bés l’afaints. Cïntçhe en lai cheute, trâs bouebats èt peus dous baichenattes. Èl airait poéyu étre fie. Èl airait daivu étre hèyrou. Yé bïn nian. È y aivait âtçhe que l’ tirâyait, que l’empâtchait d’ dremi.Yun d’ ses afaints n’eursannait p’ és âtres. Fridolin n’ôjait en djâsaie en niun, èt chutôt p’ en sai fanne. Çtée-ci n’aivait poétchaint ran è se r’preudgie. Èlle teniait bïn son ménaidge, èlle éy’vait bïn ses afaints, èlle était touedge en l’hôtâ.

« Mains poquoi donc ci ptèt drie, ci ptèt Riquèt, ât biond cment les biès, di temps qu’ les quaitre premies aint l’ poi tot noi cment yos poirents ? È fât qu’i troveuche lai çhiè d’ ci mystére. »

Ïn djoué qu’ sai fanne était paitchie voûere ènne véjine en l’hôpitâ, Fridolin raissembye ses çïntche afaints atoé d’ lai grante tâle d’ lai tieûjaine.

- Oûyites-me, les afaints, qu’è yôs dit. È y en é yun d’ vôs que n’ât p’ de moi. Qu’è s’aitiujeuche tot comptant, èt peus an n’en djâse pus.


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L’intrus

Fridolin avait une très jolie femme et de beaux enfants. Cinq qui se suivaient, trois garçons et deux fillettes. Il aurait pu en être fier. Il aurait dû en être heureux. Éh bien non. Il y avait quelque chose qui le tracassait, qui l’empêchait de dormir. L’un de ses enfants ne ressemblait pas aux autres. Fridolin n’osait en parler à personne, et surtout pas à sa femme. Celle-ci n’avait pourtant rien à se reprocher. Elle tenait bien son ménage, elle élevait bien ses enfants, elle était touours à la maison.

« Mais pourquoi donc ce petit dernier, ce petit Riquet, est blond comme les blés, alors que les quatre premiers ont les cheveux noirs comme leurs parents ? Il faut que je trouve la clé de ce mystère. »

Un jour que sa femme était partie visiter une voisine à l’hôpital, Fridolin rassemble ses cinq enfants autour de la grande table de la cuisine.

- Écoutez-moi, les enfants, leur dit-il. L’un de vous n’est pas de moi. Qu’il se dénonce tout de suite et on n’en parle plus.


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