Publié : 28 août 2015

Qui se plaint longtemps vit longtemps

Long pyaingnaint long vétiaint

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 28 août 2015

Long pyaingnaint long vétiaint

C’était ç’ qu’an aippele tchie nôs ènne écregneule. D’ lai pus crevatte soûetche. Tiaind qu’èl ât tchoé â monde, lai boénne fanne é dit : « Éh bïn çtu-li, è n’ veut p’ allaie tchiere és étoules. » Çoli v’lait dire : Ci mâl’rie d’ nitiou n’ veut p’ teni djunqu’en l’èrbâ. Èl é cheurvétiyu, ci Djeain-Yâde, èt peus bïn en d’li. Ce feut aidé ïn afaint malingre. « È n’ crât ne è n’ creve », dyïnt les dgens.

Èl eut totes les mailaidies d’ l’afaince. Cobïn d’ neûts sai mére é péssèes â long d’ lu, en yi f’saint aivalaie des potats d’ tyat, è tchaingie ses draips tot môs. Aiprés ïn reûtche, ïn nové reûtche, èt peus â tchâtemps cment en huvie. Aidé lai nitye â meuté, qu’è récheuyait d’aivô sai maintche ou bïn sai laindye.

A r’crut’ment, ès n’ l’aint p’ velu.Taint meus po lu. Ses caim’rades aint faît tote lai mob. Quaitre ans, vôs s’rendèz compte ? Lu ât d’moérè en l’hôtâ. È bèyait ïn côp d’ main tchie yun, ïn côp d’ main tchie l’âtre. Niun ne l’aipp’lait poi son ptèt nom. An n’yi dyait que l’écregneule. « Hé, l’écregneule, rôte de d’li ! Ho, l’écregneule, appoétche-me ci rété, èt peus pus vite que çoli. »

Èl aivait è poène soixante ans tiaind qu’ lai tyeumene l’é botè è Sïnt-Ochanne dains lai mâjon d’ véyes qu’était encoé t’nie poi des soeûrs. Les soeûrs l’ainmïnt bïn. À paitchi-feu, èl allait yos tyeuyi des gros bocats de perce-neige. En rméchiement, èl eurcevait son voirre de vïn. È n’était pus djemais malaite. Tiaind qu’an l’ont poétchè en tiere, çt’écregneule aivait cent cïntye ans.


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Qui se plaint longtemps vit longtemps

C’était ce qu’on appelle chez nous un avorton. De l’espèce la plus chétive. Quand il est né, la sage-femme a dit : « Eh bien, celui-là n’ira pas chier dans les chaumes. » Ce qui voulait dire : Ce gringalet ne verra pas l’automne. Jean-Claude a survécu, et bien au-delà. Ce fut toujours un enfant souffreteux. « Il ne croît ni ne crève », disaient les gens.

Il eut toutes les maladies de l’enfance. Combien de nuits sa mère a passées à son chevet, à lui faire avaler des pots de tilleul, à changer ses draps trempés. Les rhumes se succédaient, été comme hiver. Toujours la morve au nez, qu’il essuyait d’un revers de manche ou du bout de la langue.

Au recrutement, il fut refusé. Tant mieux pour lui. Ses camarades ont fait toute la mobilisation. Quatre ans, vous rendez-vous compte ? Il est resté au foyer. Il donnait un coup de main chez l’un, un coup de main chez l’autre. Personne ne l’appelait par son prénom. On ne lui disait que gringalet. « Hé, gringalet, sors de de là ! Ho, gringalet, apporte-moi ce râteau, et plus vite que ça ! »

Il avait à peine soixante ans quand la commune l’a placé à l’hospice de Saint-Ursanne qui, à l’époque, était encore tenu par des religieuses. Les sœurs l’aimaient bien. Au printemps, il allait leur cueillir de gros bouquets de perce-neige. En remerciement, il recevait son verre de vin. Il n’était plus jamais malade. Quand on l’a porté en terre, ce gringalet avait cent cinq ans.

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