Publié : 1er septembre 2017

Saint Pierre

Sïnt Piera

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 1er septembre 2017

Sïnt Piera

Le Piera, que s’effoûeche de cheudre l’Evandgile en lai lattre, r’vïnt d’ lai grant-mâsse tot r’virie poi l’ texte di djoué : « S’vôs ainmèz cés qu’vôs ainmant, qué mérite ât-ce que vôs èz ? » Èt encoé pus poi ci péssaidge : « Èt peus moi, i vôs l’ dis, ainmèz vos ènnemis, faites di bïn en cés qu’ vôs faint di toûe. »

« Ainmaie cés qu’ vôs ainmant, poidé, ç’ât bïn aigie. Ç’ât ce qu’i aî aidé fait, se dit l’ Piera. I ainme mai fanne, mes afaints, mes véjïns. Po ainmaie ses ènn’mis, è fârait en aivoi. En pus, i n’ fais de toûe en niun, èt peus niun n’ me fait di toûe. »

Ç’ât ç’ qu’è craiyait djuqu’à ci vardi dvaint que paitchi po lai Sainte-Cécile. « I ticle lai poûetche, qu’è dit en sai fanne. Dïnche, te s’rés tyitte d’étre dérandgie. Te poérrés dremi tranquille. È n’ fât p’ m’aittendre aivaint méneût. »

Mains és onze, él était dj’ li. È rentre sains brut. È yi sanne qu’è y é quéqu’un dains l’ poiye. Èl enfûe lai laimpe èt qu’ât-ce qu’è voit ? Ïn hanne en train de chmoutsaie sai fanne. Çtu-ci n’é p’ l’ temps s’enfûere poi lai f’nétre entreuvie. Mon Piera ât tot prât d’yi fotre son poing ch’ le moére tiaind qu’è s’ sovïnt de ces bèlles pairoles : « Faites di bïn en cés qu’ vôs faint di toûe. » C’était l’ moment d’ les botaie en pratitye. « Le protchain côp, qu’è yi dit, t’ n’és p’ fâte de péssaie poi lai f’nétre. Tïns, voili lai çhaie. »


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.9 Mo

Saint Pierre

Pierre, qui s’efforce de suivre l’Evangile à la lettre, revient de la grand-messe complètement retourné par le texte du jour : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel mérite avez-vous ? » Et encore plus par ce passage : « Et moi, je vous le dis, aimez vos ennemis, faites di bien à ceux qui vous font du tort. »

« Aimer ceux qui vous aiment, pardi, c’est bien facile. C’est ce que j’ai toujour fait, se dit Pierre. J’aime ma femme, mes enfants, mes voisins. Pour aimer ses ennemis, il faudrait en avoir. En plus, je ne fais de tort à peronne, et personne ne me fait de tort. »

C’est ce qu’il croyait juqu’à ce vendredi avant son départ pour la Sainte-Cécile. « Je ferme la porte à clé, dit-il à sa femme. Ansi, tu seras quitte d’être dérangée. Tu pourras dormir tranquille. Il ne faut pas m’attendre avant minuit. »

Mais à onze heures, il était déjà là. Il rentre sans bruit. Il lui semble qu’il y a quelqu’un dans le salon. Il allume la lumière, et qu’est-ce qu’il voit ? Un homme en train d’embrasser sa femme. Le galant n’a pas eu le temps de s’enfuir par la fenêtre entrouverte. Pierre était prêt à lui flanquer son poing sur la figure quand il se souvint de ces belles paroles : « Faites du bien à ceux qui vous font du tort. » C’était le moment de les mettre en pratique. « La prochaine fois, lui dit-il, tu n’as pas besoin de passer par la fenêtre. Tiens, voilà la clé. »


La chronique patoise du QJ en direct :