Publié : 25 mai 2018

Jalousie

Djailojie

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 18 mai 2018

Djailojie

Le Séraphïn dairait bïn cheurvoiyie sai fanne. Èlle dit qu’èlle vait voûere sai mére malaite. Çte mentouse ! Ç’ât po allaie r’trovaie son aimant. Tot l’ monde le sait. È n’y é ran que ci tôssaint de Séraphïn que n’ le sait p’. Tiaind qu’ l’ Octave – ès sont ensoéne en lai fanfare –, yi é aippris, le Séraphïn é fait ènne crije de nèes. È v’lait se tchaimpaie poi lai f’nétre. L’Octave é t’aivu totes les poénes di monde è le r’teni èt è yi faire entendre réjon. Tiaind qu’en la fïn è s’ât aipaiji :

—  I veus saivoi tiu ç’ât, Octave, çtu-li, crais-me èl airé d’ més novèlles.

—  T’ n’és qu’è allaie â cabairèt d’ lai Cigoégne, le soi, en l’hoûere de l’apéro. È y ât aidé. I n’ te dis ran d’pus.

Aiprés l’ traivaiye, le Séraphïn é pris l’ mousqueton d’ son pére. Lu-meinme n’é p’ de kwehr, è n’é dj’mais fait ïn djoué d’ sèrvice. Èl entre â cabairèt le feusi en lai main. Èl ât tot bianc, è trembye. Dains l’ grant poye de lai Cigoégne, ès sont tote ènne rotte d’hannes que boyant l’aipéro èt que djâsant foûe. Le Séraphïn les raivoéte, pe trop raichurè. È les coégnât tus. Çoli s’rait Dûe possibye qu’ l’aimant d’sai fanne feuche li. Èl é ïn pô pavou. « Èt s’i rentrôs en l’hôtâ ? Èt peus nian, qu’è s’ dit, i seus v’ni po réglaie mes comptes. » È prend son çhioûçhe. È breûye :

—  Mit’naint, i veus saivoi tiu ç’ât que coutche d’aivô mai fanne.

Le mairtchâ que yéjait lai Feuille Officielle le nairdye l’air de s’ fotre de lu :

—  Mon poûere Raphïn, te richques bïn d’ manquaie d’ cairtouches.

Note

tôssaint, naïf


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 5.1 Mo

Jalousie

Séraphin devrait bien surveiller sa femme. Elle dit qu’elle dit va voir sa mère malade. La menteuse ! Elle va retrouver son amant. Tout le monde le sait. Il n’y a que ce naïf de Séraphin à l’ignorer. Quand son ami Octave – ils font tous les deux partie de la fanfare –, le lui a appris, Séraphin a piqué une crise de nerfs. Il menaçait de se jeter par la fenêtre. Octave a eu toutes les peines du monde à le retenir et à le raisonner. Quand finalement il s’est calmé :

—  Je veux savoir avec qui elle me trompe, Octave, celui-là, crois-moi, il aura à faire à moi.

—  Tu n’as qu’à te rendre au café de la Cigogne, le soir au moment de l’apéro. Il y est tout le temps. Je ne t’en dis pas plus.

Après sa journée de travail, Séraphin a pris le mousqueton de son père. Lui-même n’a pas de fusil, il n’a jamais fait un seul jour de service. Il entre au cabaret l’arme à la main. il est pâle, il tremble. Dans la grande salle de la Cigogne, ils sont toute une bande d’hommes qui boivent l’apéro et qui palabrent bruyamment. Séraphin les observe, pas trop rassuré. Il les connaît tous. L’amant de sa femme serait-il parmi eux ? Il est anxieux. « Et si je rentrais chez moi ? Non, se dit-il, je suis venu pour régler mes comptes. » Il reprend son souffle.

—  Maintenant, crie-t-il, je veux savoir qui couche avec ma femme.

Le maréchal qui lisait la Feuille Officielle le dévisage d’un air moqueur :

—  Mon pauvre Raphin, tu risques bien de manquer de cartouches.