Publié : 31 janvier

En Suisse allemande

Tchie les Almousses

Publié dans le Quotidien Jurassien le 26 janvier 2018

Tchie les Almousses

Dains l’ temps, dains nos campaignes, èls étïnt rais les boûebes que f’sïnt des études. Des côps, yun entrait en l’Écôle cantonale ét f’sait sai maituritè, ïn âtre entrait en l’École normale po dev’ni régent, ïn âtre encoé entrait è Sïnt-Charles d’vaint que d’ paitchi è Fribourg ou bïn è Sïnt-Maurice. Çoli d’moérait des écchèptions. È y en é yun qu’ât paitchi és Côtes. Èl é fait tiurie.
Èt peus les âtres ? Yé bïn, ès d’moérïnt â v’laidge tchie l’ régent. Brament d’entre yos f’sïnt yote driere annèe tchie les Almousses. Les poirents les envyïnt maindgie d’ lai vaitche enraidgie, c’ment qu’an dyait. Mains ès n’étïnt p’ chi mâ, bïn neurris, pe borryâdès. Ès r’venyïnt pus foûes â bout d’ïn an. En pus, èls aivïnt aippris à hach’paillaie quéques môts de schwyzerdütsch. Çoli poéyait aidé servi. Les baîchattes, cés qu’an aivïnt les moiyïns les envoiyïnt â pensionnat.
Le Poulat tchie l’Noi aivait condut son boûebe è Bärschwil tchie des paiyisains po sai nûevieme annèe. È feut bïn r’ciè. Aiprès des bons quaitre houres, èl â paitchi bèyie l’ bondjouè â dous tâs cognéchainces.

Èl était bïn les dieche tiaind qu’èl ât rentrè en l’hôtâ. É dit en sai fanne :

—  I crais qu’è n’y veut p’ demoéraie en çte piaice, not’ grôs. I aî bïn pavou qu’è n’euche lai grie d’lai mâjon.

—  I seus d’ lai meinme aivéje. S’ te veus saivoi, èl ât rentrè aivaint toi. Èl ât dj’ â yét qu’è doûe c’ment ïn bïnhèyrou.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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En Suisse allemande

Autrefois, dans nos campagnes, rares étaient les garçons qui faisaient des études. Parfois, l’un entrait à l’École cantonale pour obtenir sa maturité, un autre entrait en l’École normale pour devenir instituteur, un autre encore entrait à Saint-Charles avant de partir à Fribourg ou à Saint-Maurice. Cela restait des exceptions. L’un d’eux était entré au petit séminaire des Côtes. Il est devenu curé.

Et les autres ? Eh bien ils restaient au village, chez l’instituteur. Beaucoup d’entre eux accomplissaient leur dernière année scolaire en Suisse allemande. Le parents les envoyaient manger de la vache enragée, selon l’expression consacrée. Cependant, ils n’étaient pas à plaindre, bien nourris, bien traités. Ils en revenaient plus costauds au bout d’un an. En outre, ils avaient appris quelques éléments de dialecte alémanique qui pourraient toujours leur être utiles. Les parents fortunés envoyaient leur grande fille au pensionnat.
Le Paul chez le Noir avait conduit son garçon à Bärschwil chez des paysans pour sa neuvième année. Il fut bien reçu. Après de bons quatre heures, il est parti saluer quelques connaissances. Il était bien dix heures du soir du soir quand il est arrivé à la maison. Il dit à sa femme :

—  Je crois qu’il n’y restera pas à cette place notre grand. J’ai bien peur qu’il n’ait l’ennui de la maison.

—  Je suis de ton avis. Si tu veux savoir, il est rentré avant toi. Il est déjà au lit et dort comme un bienheureux.


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