Publié : 5 août 2016

Il faut toujours tester

È fât aidé épreuvaie

Bernard Chapuis

Paru dans le Quotidien Jurassien du 5 août 2016

È fât aidé épreuvaie

Tchéque premie d’ôt, l’Anselme fait ïn fûe. « Ç’ n’ât p’ poéche que nôs vétçhans chus ci care predju d’ lai Montaigne qu’ nôs sons moins Suisses qu’ les âtres. I aî fait tote lai Mob de 39-45. Cïntye cents djoués d’ service. Mai fanne tote seule ch’ le bïn, d’aivôs trâs nitious.

Le moncé d’ bôs sat se drasse tot enson d’ lai paîture Tiaind qu’è fait prou neût, l’Anselme l’enfûe. Les afaints dainsant atoé en virant yos fèyes cment â soi di Reboûetchon. Â loin, an voit d’âtres fûes. L’Anselme n’é p’ fâte de câtche po les chituaie.

- Çtu-li dvaint nôs, Pére, ç’ât l’quél ?

- Ç’ât Sïnt-Brais. Èt peus, ch’ lai gâtche, ç’ât Montfâcon.

Dains l’ cie, des fûes d’airtifice raimboiyant, des dgierbes de lumiere de totes les tieulèes. Les afaints ébieuyis eurtenyant yote çhoûeçhe. L’Anselme se dit qu’è dairait âchi en aitch’taie, çoli f’rait piaiji és afaints.

Çt’ annèe, en lai vèlle, lai mére en é aitch’tè dous trâs. Des fusèes, des volcans, des craipâds, des aiyoumattes de Bengale. « I m’seus reûnèe », qu’èlle é dit en rentraint.

- Ç’ât toi qu’ les enfûerés, qu’ le pére é dit â vâlat.

Le soi, le vâlat é bé aippreutchi son britçhèt d’ ces moètches totes noires, ran n’ se pésse.

- I n’y comprends ran, qu’è dit. Hyie lai vâprèe, tiaind qu’i les aî provèes, ès sont paitchis di premie côp.

Note

soi di Reboûetchon, le soir des Brandons, premier dimanche après le mercredi des Cendres.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.8 Mo


Il faut toujours tester

Chaque premier août, Anselme fait un feu. « Ce n’est pas parce que nous vivons sur ce coin perdu de la Montagne que nous sommes moins Suisses que les autres. J’ai fait toute la Mob de 39-45. Cinq cents jours de service. Ma femme toute seule sur le domaine, avec trois enfants en bas âge.
Le tas de bois sec se dresse au sommet du pâturage. Quand il fait assez nuit, Anselme l’allume. Les enfants dansent autour en faisant tournoyer leurs torches comme au soir des Brandons. Dans le lointain, on aperçoit d’autres feux. Anselme n’a pas besoin de carte pour les situer.

—  Celui-là, devant nous, c’est lequel, Papa ?

—  C’est Saint-Brais. Et sur la gauche, c’est Montfaucon.

Dans le ciel brillent des feux d’artifice, des gerbes de lumière de toutes les couleurs. Les enfants éblouis retiennent leur souffle. Anselme se dit qu’il devrait aussi en acheter, cela ferait plaisir aux enfants.

Cette année, la mère en a acheté quelques-uns à la ville. Des fusées, des volcans, des crapauds, des allumettes de Bengale. « Je me suis ruinée, dit-elle en rentrant.

—  C’est toi qui les allumeras, dit le père au valet de ferme.

Le soir, le valet a beau approcher son briquet des mèches noircies, rien ne se passe.
—  Je n’y comprends rien, dit-il. Hier après-midi, quand je les ai essayés, ils sont partis du premier coup.


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