Publié : 10 mars 2017

Les toilettes d’autrefois

Les tchioûeres de dains l’ temps

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 10 mars 2017

Les tchioûeres de dains l’ temps

Ci en d’vaint, nôs n’aivïns p’ de " salle de bain ». Nôs allyïns pichie èt tchiere en l’étâle, bïn â tchâd drie les vaitches. È y en aivait qu’aivïnt conchtrut ènne caboénatte ch’ le creux d’mieule. Ès s’ bottïnt
è crepéchon chu ïn ptchu po faire yote aiffaire. L’étron tchoéyait droit dains l’ creux d’ mieule. Ès s’ pannïnt l’ tiu d’aivô di paipie d’ feuye pendu en ïn çhiô poi ènne chnoûere. Tchie les Roudges, c’était « Le Jura " ou bïn " Le Démocrate ", tchie les Nois, c’était " Le Pays " . An n’ s’en poétchait pe pus mâ.

Cés de Dôs-les-Tyats aivïnt âchi ènne tâ caboénatte ch’ yote creux d’ mieule. Meinme que c’étaient des rètches paiyisains, ès n’aivïnt p’ encoé de " salle de bain ". Pésse ïn craimpèt d’aivô tote sai mèch’rie dains sai craîtche. Ïn boûebat pait d’ lai caboénatteèt çhoûe lai poûetche.

—  Bondjoué, mon p’tèt. Tai mére ât li ? d’mainde le craimpèt en montraint lai caboénatte.

—  Nian, èlle ât paitchi d’ ci tiaind qu’i y seus rentrè.

—  Èt ton pére, èl ât li ?

—  Nian, èl ât paitchi d’ ci tiaind qu’ mai mére y ât rentrèe.

—  Vôs n’ faites que d’ rentraie èt d’ paitchi dains çte mâjon !

—  Mains, que fait l’ boûebat, ç’ n’ât p’ l’entrèe, poi chi. Ç’ât les tchioûeres.

Notes

ïn craimpèt, un colporteur

sai craîtche, sa hotte

les tchioûeres, les toilettes


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Les toilettes d’autrefois

Autrefois, nous n’avions pas de salle de bain. Nous allions faire nos besoins à l’étable, bien au chaud derrière les vaches. Certains avaient construit un cagibi sur la fosse à purin. Ils se mettaient accroupis au-dessus d’une ouverture pour se soulager. La matière tombait directement dans la fosse à purin. Ils s’essuyaient avec du papier de journal suspendu à un clou par une ficelle. Chez les Rouges, c’était « Le Jura » ou « Le Démocrate », chez les Noirs, c’était « Le Pays » . On ne s’en portait pas plus mal.

Ceux de Derrière-les-Tilleuls disposaient d’une telle baraque sur leur fosse à purin. C’étaient des riches paysans, pourtant, ils n’avaient toujours pas de salle de bain . Passe un colporteur avec sa hotte remplie de mercerie. Un garçonnet sort du cabanon, referme la porte derrière lui.

—  Bonjour, mon petit. Ta mère est là ? demande le colporteur en montrant la cabane.

—  Non, elle est sortie d’ici quand j’y suis entré.

—  Et ton père, il est là ?

—  Non, il est sorti d’ ici quand ma mère y est entrée.

—  Vous ne faites que de rentrer et de sortir dans cette maison !

—  Mais, fait le gamin, ce n’est pas l’entrée ici, c’est les cabinets.

Notes

un craimpèt, un colporteur

sai craîtche, sa hotte

les tchioûeres, les toilettes, les cabinets


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