Par : Fleury LJ
Publié : 7 septembre 2013

Piètre printemps

Croûeye bontemps

Marie-Louise Oberli, la Babouératte

Croûeye bontemps

« Çtu que s’étchâde di temps, ne s’étchâde de ren. »

«  Par le temps cmen è vïnt, les dgens cmen ès sont. » aivaïnt aivésie de dire nos véyes dgens, en djâsaint di peut temps.

En lai pyaice de raîlaie di croûeye bontemps de çt’an-nèe tchie nos, nos ferïns meux de musaie en ces que seubéssant pée que nos lai pyeudge pe le frâd. Lai saidgeasse, lai paissyaince pe le sné de nos aïeux nos mainquant tot-pyein.
L’âtre djoué, y bacâlô dains les bôs en lai retcheri de mairules. Y aî tchoi su ène rotte d’ôvries otchupès en y courieux traivaiye. Aiccreûpis, de côte di tchmïn, ès drassaïnt â long, ïn riban de plastique d’ène hâtou de trente cïntimétres.

Devaint mon émaiyement, ès m’int rensoingnie su loûes aitivitès.

- Le pyaité des Fraintches-Montaignes ât grebi de maîrnîeres de laités pe de saignons. Les raînnes po se reprodure, si rendant â môment des aimoués. Dains lai pupaît di temps, élles trévoichant les vies pe se fint écafèes pai les automôbiles. Dâs li, le riban po les envoidgeaie de meuri en allaint â lôvre !

- Ç’ât cruât de les emprisnaie…

- Que nyan. Les raînnes seuyant le riban ène boussiatte, po tchoire tot bâlement dains des soiyats à doux ties encrottès. Maitïn pe soi, les raînnes piedgies dains les soiyats sont retcheuyies pai nos sons. Nos y rebaiyant la tchie-bridâ de côte les laités, les maîrnîeres, feùs des vies, des tchmïns.

Se â coués d’ène pouérmenade és senties de nos laités, vôs étes aigaicie pai le coaîssement des raînnes, dites-vôs que po nôs, ç’ât note pus bélle paiye…
Su ce, éstchusaite-nôs, nôs ins encoué di traivaiye .

Bonne tchaince po les mairules !

Y en seus demouérèe baba.
Lai Babouératte

Piètre printemps

« Celui qui s’échauffe du temps, ne s’échauffe de rien. »

« Prendre le temps comme il vient, les gens comme ils sont. » avaient l’habitude de dire nos vieilles gens, en parlant du vilain temps.

À la place de râler du vilain printemps de cette année chez nous, nous ferions mieux de penser à ceux qui subissent pire que nous, la pluie et le froid. La sagesse, la patience et la jugeote de nos aïeux nous manquent énormément.

L’autre jour, je flânais dans la forêt à la recherche de morilles. Je suis tombée sur un groupe d’ouvriers occupés à un curieux travail. Accroupis, à côté de la route, ils dressaient un long ruban de plastique d’une hauteur de trente centimètres. Devant mon étonnement, ils m’ont renseignée sur leurs activités.

Le plateau des Franches-Montagnes foisonne de marnières, d’étangs et de marécages. Les grenouilles, pour se reproduire, s’y rendent au moment des amours. Dans la plupart du temps, elles traversent les routes et se font écraser par les autos. De là, le ruban pour les empêcher de mourir en allant courtiser ! -

- C’est cruel de les emprisonner…

- Que non. Les grenouilles suivent le ruban un instant, pour tomber calmement dans les seillons aux deux tiers enterrés.

Matin et soir, les grenouilles piégées dans les seillons sont recueillies par nos soins. Nous leur rendons la liberté aux abords des étangs et des marnières, loin des routes, des chemins.

Si, au cours d’une promenade aux sentiers de nos étangs, vous êtes agacée par le coassement des grenouilles, dites-vous que pour nous, c’est le plus beau salaire…
Sur ce, excusez-nous, nous avons encore du travail.

Bonne chance pour les morilles !

J’en suis restée baba.

La Coccinelle