Publié : 20 mars 2015

Le prix d’un taxi

Le prix d’ïn taixi

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 20 mars 2015

Le prix d’ïn taixi

Çte Mélie vait de temps en temps è Baîle po s’tchaindgie les musattes. Ci djoué-li, èlle é trïnnè ïn pô trop longtemps en velle. Èlle é rodayie les maigaisïns djuqu’en lai çhôjure. Aiprès, èlle s’ât enflè dains ïn rèchtauraint po maindgie ïn moèché. Peus èlle s’ât cordè l’cinéma, ïn film d’aimoé en anglais traidut en almousse. Èlle n’y é ran compris, èlle é quasi dremi tot di long. Che bïn que tiaind qu’èlle ât airrivèe è D’lémont, è n’y aivait pus d’pochte po rentraie.

« Qu’ât-ce qu’è m’fât faire ? I n’serôs rentraie è pie d’aivô tos mes cabas. I aippelerôs bïn mon bâ-frére, mains an n’se djâse pus dâ tiaind que le grant-pére ât moûe. Ènne quèchtion d’hèrtaince. Les âtres qu’aint ènne dyïmbarde, i n’lés coégnâs pus. Ç’ât tus des djûenes que s’yevant en lai pityatte di djoué po allaie â traivaiye. I n’oûeje pe les dérandgie en cés hoûeres. I veus pâre ïn taixi, po ïn côp. »

Lai voili qu’monte dains ïn taixi. Airrrivèe d’vaint l’hôtâ :

- I vôs dais cobïn ?

- Çoli vôs fait doze francs, mai boénne daime.

Èlle chneuque dains sai boéchatte. Las moi, èlle n’y trove pus qu’un biat de dieche.

- I n’aî p’prou. Vôs saites quoi, l’hanne, eurtieulèz po dous francs.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Le prix d’un taxi

Mélie va de temps en temps à Bâle pour se changer les idées. Ce jour-là, elle s’est attardée un peu trop longtemps en ville. Elle a flâné dans les magasins jusqu’à la fermeture. Après, elle s’est enfilée dans un restaurant pour manger un morceau. Puis elle s’est offert le cinéma, un film d’amour en anglais traduit en allemand. Elle n’y a rien compris, elle a dormi pratiquement tout du long. Si bien que, quand elle est arrivée à Delémont, il n’y avait plus de poste pour rentrer.

« Qu’est-ce qu’il me faut faire ? Je ne peux pas rentrer à pied avec tous mes achats. J’appellerais bien mon beau-frère, mais on ne se parle plus depuis la mort du grand-père. Une question d’héritage. Les autres qui ont une voiture, je ne les connais plus. Ce sont tous des jeunes qui se lèvent tôt pour aller au travail. Je n’ose pas les déranger à ces heures. Je vais prendre un taxi, pour une fois. »

La voilà qui monte dans un taxi. Arrrivée devant chez elle :

—  Je vous dois combien ?

—  Ça vous fait douze francs, ma bonne dame.

Elle cherche dans si bourse. Hélas, elle n’y trouve qu’un billet de dix francs.

—  Je n’ai pas assez. Vous savez quoi, Monsieur, reculez pour deux francs.


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