Publié : 17 juillet 2015

A chacun sa recette

Tchétçhun sai r’çatte

Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.5 Mo

Paru dans LQJ du 17 juillet 2015

Tchétçhun sai r’çatte

 paiyis des crâs, è y aivait ïn grant tchaimp d’ fraîjes. En lai bèlle séjon, tchétçhun poéyait rempiâtre ses crattes ou bïn ses say’tats, faire é poisaie sai tieuyatte èt paiyie.

I tieuyôs des fraîjes d’aivô mai fanne. C’était ènne bèlle vâprèe de djuillèt. Nôs étïns tote ènne rotte, craibïn doze, tyïnze. En tchéque tieuyou sai laingne. Â bout di tchaimp, les dyïmbardes des tieuyous èt peu lai caboénatte d’lai paitronne. Èlle aittendait les clieints drie sai tâle, poisait les crattes èt say’tats veuds, les repoisait ènne fois pieins.

Voili qu’airrive ènne bèlle auto d’aivô des piaiques de Baîle. Ïn coupye de chires, cés-li, tot chu. D’ cés que sont tote lai snainne en vétûre di dûemoène.
- Le tchaimp ât sat, dit lai patronne. Mains s’vôs èz paivou d’ goûenai vos haîhyons, i en aî que sont dje tieuyies.
- Nian, nian, çoli nôs f’ré di bïn d’ réchpirie lai boènne oûere d’ lai caimpaigne èt peus nôs airains di piaîji d’airpentaie ci tchaimp d’ fraîjes. Qu’ât-ce t’en dis, Lisatte ?
- Poidé ô.
- È prepos, dit l’hanne d’ lai vèlle, que s’ïntérèsse en l’aigretiulture, qu’ât-ce que vôs botèz d’chus ?
- Pe d’engrais. Mon hanne n’y bote que di femie.
- Di femie ? fait lai Bâloise. Moi, i bote di socre, ç’ât moyou.


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A chacun sa recette

Au pays des corneilles, il y avait un grand champ de fraises. À la belle saison, chacun pouvait remplir ses corbillons ou ses bidons, faire peser sa cueillette et payer.

Je cueillais des fraises avec mon épouse. C’était bel après-midi de juillet. Nous étions nombreux, peut-être douze ou quinze. Chaque cueilleur suivait sa ligne. Au bout du champ, les voitures des cueilleurs et la hutte de la patronne. Elle attendait les clients derrière sa table, pesait corbillons et bidons vides, les repesait une fois remplis.

Arrive une belle voiture avec des plaques bâloises. Un couple aisé, ceux-là, sûrement. De ceux qui sont toute la semaine en habits du dimanche.
—  Le champ est sec, dit la patronne. Mais si vous craignez de tacher vos vêtements, j’ai des fraises déjà cueillies.
—  Non, non, cela nous fera du bien de respirer l’air sain de la campagne. De plus, nous aurons du plaisir d’arpenter ce champ de fraises. Qu’en dis-tu, Lisette ?
—  Pardi oui.
—  À propos, dit le citadin, intéressé par l’agriculture, qu’est-ce que vous mettez dessus ?
—  Pas d’engrais. Mon mari n’y met que du fumier.
—  Du fumier ? fait la Bâloise. Moi, j’y mets du sucre, c’est meilleur.

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