Publié : 23 août

Un si gros bouquet

Ïn chi gros bocat

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 23 août 2019

Ïn chi gros bocat

Firmin, le pus véye de tchie l’ Auguste, raiccoédge lai méd’cine è Lausanne. È n’ rôle pe chu l’oûe. Sains lai boéche di canton,, è n’ poérrait p’ raiccoédgeaie. Son pére ât sïmpye euvrie d’ faibrique, sai mére fait des ménaidges. Ci brave Firmin n’é p’ de sôs è tchaimpaie poi la f’nétre.Tiaind qu’èl é paiyè sai tchaimbre, son train, ses r’cegnons, sai boéchatte ât quasi veude.

Le boûebe di Gros Paul, qu’ât és études daivô lu èt peus qu’é pus d’ sos qu’ lu yi paiye bïn s’vent ïn voirre. Tchie l’ Gros Paul, èls aint di bïn, brament di bïn, ïn sacré feumi d’vaint l’hôtâ, quaitre tchvâs, dous tirous.

Enmé ces futurs méd’cïns, è y é ènne baîchatte que pyaît en ci Firmin. Le premie côp qu’èl l’é vue, èl ât tchoé aimoérou. Dâdon, è s’airrandge po croujaie son tch’mïn. Lâs-moi, d’vaint lée, è s’ dgeinne, è n’ peut pus dire paipè, è n’ trove pe les mots. È s’ coidge. « I veus yi euffri ïn bocat », qu’è s’ dit. « Aiprès, çoli s’rait pus aijie. » Tchie lai fleuriste, è commainde doze biaintches roses. À moment d’paiyie, è compte ses sôs. È n’é p’ prou. Le boûebe di Gros Paul, s’èl était li, è yi prâterait. Meus, è yi bèy’rait. Mains voili, è rentre tos les vardis en l’hôtâ. È fréquente.

- Reprentes ènne rose, èt bèyietes-me ènne câtche, que dit l’ Firmin en lai vendouse.

Chu lai câtche è graiyene : « Voili onze roses ; la dozieme, ç’ât toi. »


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Un si gros bouquet

Firmin, l’aîné d’Auguste, étudie la médecine à Lausanne. Il ne roule pas sur l’or. Sans la bourse cantonale, il ne pourrait pas étudier. Son père est un modeste ouvrier de fabrique, sa mère fait des ménages. Ce brave Firmin ne peut se permettre de jeter les sous par la fenêtre. Quand il a payé sa chambre, son train, ses repas, sa cagnotte est pratiquement vide.

Le fils du Gros Paul, qui est aux études avec lui et qui a plus d’argent, lui paye très souvent un verre. Le Gros Paul a du bien en abondance, un imposant fumier devant la ferme, quatre chevaux, deux tracteurs.

Parmi ces futurs médecins, une jeune fille a tapé dans l’œil de Firmin. La première fois qu’il l’a vue, il en est tombé amoureux. Depuis, il s’arrange pour croiser son chemin. Hélas, devant elle, il perd ses moyens, il ne trouve pas les mots. Il se tait. « Je vais lui offrir un bouquet », se dit-il. « Après, ce sera plus facile. » Chez la fleuriste, il commande douze roses blanches. Au moment de régler, il compte ses sous. Il n’a pas assez. S’il était là, le fils du Gros Paul, lui prêterait. Mieux, il, lui donnerait. Seulement voilà, il rentre tous les vendredis à la maison, il fréquente.

—  Reprenez une rose, dit Firmin à la vendeuse, et donnez-moi une carte.

Sur la carte il écrit : « Voilà onze roses ; la douzième, c’est toi. »