Publié : 4 septembre 2015

Un gros navet

Ènne grosse naiviatte

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 4 septembre 2015

Ènne grosse naiviatte

Ïn véye n’é dains son tieutchi qu’ènne grosse naiviatte. Chi grosse qu’è n’ peut lai tirie.

- Fanne, vïns m’édie ! breuye le véye.

Lai fanne airrive èt tire chi foûe que le véye se béskéye dains ses sabats. Mains çte diaîlasse de naiviatte d’moére en piaice. Èls aipp’lant â ch’coé yot’ nitiouse.

Lai beusse ât coéradgeouse. Èlle s’aigrïmpe en lai graint-mére, lai fanne en son hanne, le véye en sai naiviatte. Ét tos les trâs tirant taint qu’ès poéyant. Le tchïn ne s’rait p’ de trop.

Le tchïn s’y bote, ïn braîve tchïn que roûele d’ lai quoûe. È tire chi foûe qu’ le véye se d’mainde ço que s’ pésse.

- Vïns ci, Minon ! djaippe le tchïn.

Èt voili le tchait drie le tchïn. Èl é botè ses bottes de sèpt yûes. Ci côp, nôs yi sons, qu’ès dyant tus, èlle é boudgi, çte madjiere naivatte. È nôs fârait encoé quéqu’un. Ènne raitte beûye devaint son p’tchus.

- Airïns-vos fâte d’ïn côp d’main ?

- Ç’ n’ât p’ de refus !

Lai raitte se botte drie le tchait. Ès sont chés mit’naint que tirant en lai fois. Tot d’ïn côp, rouf ! le véye laîtche sai naiviatte. Ès tchoéyant tus ch’ le tiu, les chés. È ne d’moére pus qu’ lai naiviatte.

naiviatte, n.f. navet. On trouve aussi naivat, n.m..


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.5 Mo

Un gros navet

Dans son jardin potager, un vieux n’a qu’un gros navet. Si gros qu’il ne peut le tirer.

—  Femme, viens m’aider ! crie le vieux.

La femme arrive et tire si fort que le vieux trébuche dans ses sabots. Mais ce diable de navet reste en place. Ils appellent leur petite-fille à leur secours.

La gamine est courageuse. Elle s’agrippe à sa grand-mère, la femme à son homme, le vieux à son navet. Et tous les trois tirent tant qu’ils peuvent. Le chien ne serait pas de trop.

Le chien s’y met, un brave chien qui frétille de la queue. Il tire si fort que le vieux se demande ce qui se passe.

—  Viens ici, Minon ! jappe le chien.

Et voilà le chat derrière le chien. Il a mis ses bottes de sept lieues. Cette fois, disent-ils tous, il a bougé, ce maudit navet. Il nous faudrait encore quelqu’un. Une souris lorgne devant son trou.

—  Auriez-vous besoin d’un coup de main ?

—  Ce n’est pas de refus !

La souris se place derrière le chat. Is sont six maintenant qui tirent ensemble. Soudain, rouf ! le vieux lâche son navet. Ils tombent tous les six sur le derrière. Il ne reste plus que le navet.


La chronique patoise du QJ en direct :

<iframe
src="http://lqj.ch/patois" style="display:block;
width:98%; height:1000px; margin:auto;" marginwidth="1"
marginheight="1">