Publié : 10 janvier

Un douanier consciencieux

Ïn conscienciou gabelou

Publié dans le Quotidien Jurassien le 10 janvier 2020

Ïn conscienciou gabelou

Dains ïn temps pe chi loin, è y aivait encoé des gabelous dains les pochtes les pus retyiries.

Ïn djouè, l’Osias airrive en lai dv’ane de Déridèz en véyo. D’vaint son dyidon, èl avait attaitchi ènne caîssatte pieinne de sabye. C’était â toué di Markus de posaie lai dyaidge. Ci Markus, que v’nyait d’ l’âtre sens d’ lai Sarine, était ïn tot bon bogre, mais chtrèngue chu l’ réglement. È n’ léchait ran péssaie. Tos ses caim’rades airïnt fait seingne en çt’Osias de pésssaie, mains pe lu. « Aittentes-me ! » qu’è dit. É vai tçhri ïn crelat èt taimije tot ci sâbye sains ran trovaie. Lai meinme sceînnne se r’produt djouè aiprés djouè. È n’ trove djemais ran d’ caitchi dains ci sâbye. Poétchaint, è râte l’Osias tchéque djouè èt, tchéque djouè, èl inchpècte lai caîssatte. Les ans aint péssè. Le conscienciou gabelou ècmence sai driere djouénèe d’vaint que d’ paitchi en r’tréte.

- Ç’ât mai driere djouénèe, qu’è dit en çt’Osias. Vôs m’ pèrmâtes de vôs posaie ènne quèchtion. Durant totes ces annèes, i vôs aî aidé gèrmegie de faire d’ lai contrebande. Mit’naint qu’i m’en vais, i veus saivoi. Vôs faites d’ lai contrebande ou bïn quoi ?

Osias maîyenne.

- I vôs bèye mai pairôle de gabelou. Çoli veut d’moéraie entre nôs dous.
- Yé bïn, i r’coégnâs. Ô, i fais d’ lai contrebande.
- Ah, i aivôs réjon de m’ méfiaie. Mains dites-voûere, i aî cribyè tchéque djouè le sâbye sains ran trovaie. Ç’ n’ât p’ le sâbye que vôs péssèz en frâde ?
- Nian, ç’ât les véyos.

Note
ïn crelat, une passoire
gèrmegie, soupçonner
maîyennaie, hésiter


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Un douanier consciencieux

Dans un temps pas si lointain, les douaniers occupaient encore les postes les plus reculés.

Un jour, Osias arrive à la douane de Déridez à vélo. Devant son guidon, il avait attaché une caissette pleine de sable. C’était au tour de Markus d’être de faction. Ce brave fonctionnaire, qui venait de l’autre côté de la Sarine, était impitoyable dans l’application du règlement. Il ne laissait rien passer. Tous ses collègues auraient fait signe à l’ homme de passer, mais pas lui. « Attendez-moi ! » dit-il. Il va chercher un tamis et crible tout ce sable sans rien trouver de suspect. Le même scénario se reproduit jour après jour. Et jamais il ne trouve rien de caché dans ce sable. Pourtant, il l’arrête chaque jour, et chaque jour,il passe la caisse au peigne fin. Les années passent. Le douanier entame sa dernière journée avant de partir en retraite.
- C’est ma dernière journée avant ma retraite, dit-il à Osias. Permettez-moi de vos poser une question. Durant toutes ces années, je vous ai toujours soupçonné de faire de la contrebande. Maintenant que je pars en retraite, j’ai besoin savoir. Faites-vous de la contrebande oui ou non ?
Osias hésite.
- Je vous donne ma parole de douanier, cela restera entre nous.
- Bon, je vous l’avoue, oui, je fais de la contrebande.
- Ah, je me méfiais avec raison. Mais dites-moi, j’ai chaque fois peigné le sable sans rien trouver. Ce n’est donc pas le sable que vous passez en fraude.
- Non, ce sont les vélos.