Publié : 27 avril 2018

La calvitie

Lai dépieume

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 27 avril 2018

Lai dépieume

L’Aigathe se fait di tieusain po son hanne. Çtu-ci, dâ quéque temps, pie ses pois. Èlle en r’trove chus son tyeûchain, dôs lai douche, chus sai breuche è pois, chus sai peignnatte, chus son cô de tch’mije. Lu $1’aivait ènne chi épâsse tchevyure. Ç’at po çoli $1’ l’Aigathe en était tchoé aimoérouse.

—  Lucas, è t’ fât faire âtye d’vaint que te n’ feuches tot déçhèpi.

—  I m’ en fos pe mâ. È y en é d’âtres des dépieumès. I n’ serôs p’ le premie. Prends ci Jean-Pierre Koff, le tyeuj’nie. È n’é pus ïn poi ch’ lai téte. Çoli n’ l’empéch’ pe d’ faire d’ lai boénne tyeujènne. Èt peus, i poérrôs enfïn botaie ci bé tchaipé $1’ te m’és aitch’tè è D’lémont.

—  Raivoéte chus nos photos d’mairiaidge, c’ment $1’étais bé. Mit’naint, i r’trove des pois tot poitchot.

—  Ç’ât d’faimille, Aigathe. Mon pére était dj’ dïnche, mon grant-pére âchi.

L’Aigathe était sôle de raibaîtchie tos les djoués lai meinme tchainson. Èlle s’en feut tchie l’aipotitçhaire que yi é vendu ènne lotion contre l’aicmence d’ lai dépieume.

—  Ç’ât ïn produt que vïnt d’Améritçhe. I en vends brament. Vôs v’lèz voûere l’effèt tot comptant. È rend les pois pus foûes, pus sarrès. Èt peus, è n’ graiche pe.

—  Voili, dit l’Aigathe en son hanne. I t’ai aitch’tè ïn r’méde miraiçhe. È t’ fât l’ pâre dous côps poi s’nainne trâs mois d’ temps. Ç’ât garanti.

Le Lucas é cheuyè les oûedres sains yére lai notice.

—  Ç’ât ènne bèlle truerie, ço $1’ te m’és fait pâre. I aî ènne trisse $1’i dais aidé rittaie.

—  T’airôs daivu l’ botaie ch’ lai téte â yûe d’ lai boire.

Notes

lai dépieume, la calvitie

déçhèpi, sains-poi, tchaîve, chauve


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La calvitie

Agathe s’inquiète pour son mari. Depuis quelque temps, il perd ses cheveux. Elle en retrouve sur son oreiller, sous la douche, sur sa brosse à cheveux, sur son peigne, sur le col de sa chemise. Lui qui avait une chevelure si fournie qu’Agathe avait eu le coup de foudre.
—  Lucas, il te faut faire quelque chose avant de devenir chauve.

—  Cela m’est égal. Il y en a d’autres. Je ne serais pas le premier. Par exemple, Jean-Pierre Koff, le cuisinier. Il n’a plus un poil sur la tête. Cela ne l’empêche pas de faire de la bonne cuisine. Et puis, je pourrais enfin mettre ce beau chapeau que tu m’as acheté à Delémont.

—  Regarde sur nos photos de mariage comme tu étais beau. Maintenant, je retrouve des cheveux partout.

—  C’est de famille, Agathe. Mon père était déjà comme ça, mon grand-père aussi.

Lasse de répéter toujours les mêmes remarques, Agathe se rendit à la pharmacie. Le pharmacien lui proposa une lotion efficace contre la calvitie à ses débuts.
—  C’est un produit qui vient d’Amérique. J’en vends beaucoup. Vous en verrez les effets rapidement. Il renforce le cuir chevelu et rend la chevelure plus abondante. En outre, il ne tache pas.

—  Voilà, dit Agathe à son mari en rentrant. Je t’ai acheté un remède miracle. Il faut en prendre deux fois par semaine durant trois mois. Succès garanti.

Lucas a pris son remède sans en lire la notice.

—  C’est une belle saloperie que tu m’as fait prendre. J’ai une diarrhée épouvantable, je n’arrête pas de courir aux toilettes.

—  Tu aurais dû te l’appliquer sur la tête au lieu de la boire.