Publié : 30 octobre 2015

La vente aux enchères

La vente aux enchères

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 30 octobre 2015

La vente aux enchères

L’Alcide ât moue. C’était ïn véye bouebe qu’aivait rôlè sai bosse d’vaint que d’ fini ses djoués dains sai caboénatte. An l’voyait â Tchvâ Bianc, le capet vissè ch’le capiron, lai pipe â moére. È câse de ses rhumatisses, è trïnnait les guiboles ét s’appûyait chus sai cainne. À cabairèt, è commandait ses trâs décis qu’è treûyait tot bal’ment. È poéyait d’moéraie ènne hoûere, les oeûyes viries â pyaifond.

Des yassous l’invitïnt en yote tâte :

- Nôs n’ sons qu’ trâs. Vïns, Alcide, faire le quatrième !

- Nian, i muse.

È musait.

- Te r’prends encoé trâs décis, Alcide ?

- S’ vôs v’lèz !

L’Alcide ât moue sains hèrties, piepe ïn riere-petèt-n’veu. Lai caboétatte èt tote lai tçhaimlote feut liquidèe ïn saim’di maitïn. È y aivait ïn vélo, des eutis reûyies, ènne sèlle beutouse, ènne tâle bancreûtche, des soulaîes étieulès, des aijments ébretçhies.

Le criou breûyé : « Ensoénne sai cape, son tchelat èt sai cainne.Tiu botte è prix ? »

- Dix sous ! .

- Pe pus ? Yé bïn, dix sous ïn côp, dix sous dous côps, dix sous trâs côps. Chaguè ! Ç ’ât po toi, Zep ! Mains qu’ât-ce que t’en veus faire ?

- I n’sais p’ quoi. I en srôs bïn emmnerdè. Mai fanne m’ veut endyeulaie. I veus tchaimpaie ces véyeries â grôs ch’ni !


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info document -  MP3 - 1.7 Mo

La vente aux enchères

Alcide est mort. C’était un vieux garçon qui avait roulé sa bosse avant de finir ses jours dans sa baraque. On le voyait au Cheval Blanc, le bonnet vissé sur le crâne, la pipe à la bouche. A cause de ses rhumatismes, il traînait les jambes et s’appuyait sur sa canne. Au café, il commandait ses trois décis qu’il sirotait calmement. Il pouvait rester une heure, les yeux tournés au plafond.

Des joueurs de cartes l’invitaient à leur table :

—  Nous ne sommes que trois. Viens, Alcide, faire le quatrième !

—  Non, je médite.

Il méditait.

—  Tu reprends encore trois décis, Alcide ?

—  Si vous voulez !

Alcide est mort sans héritiers, même pas un arrière-petit-neveu. La baraque et tout son contenu fut mise aux enchères un samedi matin. Il y avait un vélo, des outils rouillés, une chaise boiteuse, une table bancale, des souliers éculés, de la vaisselle ébréchée.

Le crieur annonça : « En un lot, son bonnet, sa pipe et sa canne. Qui met à prix ? »

—  Dix sous !.

—  Pas plus ? Soit, dix sous une fois, dix sous deux fois, dix sous trois fois. Adjugé ! C’est pour toi, Joseph ! Mais qu’est-ce que tu vas en faire ?

—  Je ne sais pas. J’en serai bien embarrassé. Ma femme va m’engueler. Je vais lancer toutes ces vieilleries au débarras !


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