Publié : 28 avril

Les mensonges

Les mentes

Jean-Marie Moine, Arc Hebdo avril 2017

Les mentes

Vôs èz chûr’ment tus ôyi vôs véyes dgens dire qu’ an ainmait meu ïn voulou qu’ ïn mentou.
Çoli m’ ât r’veni en l’échprit ces d’ries temps, en yéjaint les novèlles dains lai feuye obïn en raivoétaint ïn pô, en lai télé, ç’ que s’ pésse chus nôte tiere de fôs. I me ch’vïns âchi qu’ nôs véyes dgens dyïnt : t’ peus dire en quéqu’un qu’ ç’ ât ïn voulou, mains vadge-te bïn d’ yi dire que ç’ ât ïn mentou, pochque te richques d’ aivoi tote lai rotte des aivainpailies ch’ le dôs. Pe ces-li, … ! Des mentes, ç’ en ât aivu tot piein è Neûtchété ; è n’ fât p’ rébiaie qu’ nôs sons ïn pô aiprés les caint’nâs vôtes. Pe, ces qu’ aimérïnt ïn pochte, ces d’ gâtche, de drète obïn i n’sais p’ dâs laivou, c’ était tus les moyous. Ès v’lïnt tus faire des miraîçhes. Ès v’lïnt tus saivoi réjoudre tos nôs probyèmes. Dj’mais nôs n’ ains t’aivu ènne tâ tchaince de framaie ïn euni cainton : pus de dgens di Hât, pus de dgens di Béche, tot l’ monde ât piaicie ch’le mein-me pie d’ égâlitè… I m’ rélâdge de voûere çoli. Nôs frainçais l’ aimis, yôs âchi, aint drèt en ènne mèerèe d’ mentes d’vaint d’ se déchidaie d’ allaie vôtaie po éyére ïn nové préjideint.
È se n’ pésse pe ïn djoué, sains qu’ yun obïn l’ âtre des caindidats n’ trïnneuche â tiu ènne nanvèlle tçhaich’rôle… Pe po s’en débairraichie, vôs saîtes, çoli n’ vait p’ aidé soîe. È fât ïn démeinti, qu’ entrïnne bïn ch’vent daivô lu ènne craiquèe d’ nanvelles mentes. Meinme ch’ èl ât en poènne de bèyie ènne réponche, è fât è tot prie qu’ le caindidat s’ échprïnmeuche qu’ è s’ défenjeuche : è r’voili les mentes è r’bousse-meûté. Dains l’ cainton di Jura pe dains ç’tu
d’ Bierne, les mentes virayant âtoué d’ lai daite di déj’heûte de djuin 2017… Poûere vèlle de Môtie, è y’ é grant qu’ an n’ aivait p’ aitaint braigaie tes valous. È y’ grant qu’ an n’ s’ était p’ dïnche aidg’nonyie d’vaint toi po t’ dire tot l’ aimoué qu’ an t’poétche. An t’ promât tot pe
n’ ïmpoétche quoi aich’ bïn è D’lémont qu’ è Bierne. Çoli fait mâ d’ voûere qu’ an t’ couchi-déreuche c’ment qu’ènne mairtchainne valou. Qu’ ât-ç’ qu’ an fait d’ tai rétche hichtoire, de ton tiuyturâ péssè, de ton aîme ? De tchétçhe sen, de ç’té de D’lémont c’ment que de ç’té de Bierne, le jurassien probyème déraindge, è l’ fât réjoudre, pe chutôt è fât faire vite. Qué qu’ feuche le réjultat di vôte di 18 de djuin, les mentes d’adj’d’heû v’lant débouétchi chus ènne âtre frame di vrâ jurassien probyème. Enfïn, « tot ât po l’ meu dains l’ moyou des mondes », c’ment qu’ le diait l’ phiyojophe pe saivaint Leibniz.

J-M. Moine

Les mensonges

Vous avez certainement tous entendu vos vieilles gens dire qu’on aimait mieux un voleur qu’un menteur. Cela m’est revenu à l’esprit ces derniers temps, en lisant les nouvelles dans le journal ou bien en regardant un peu, à la télévision ce qui se passe sur notre terre de fous. Je me souviens aussi que nos vieilles gens disaient : tu peux dire à quelqu’un que c’est un vo-leur, mais garde-toi bien de lui dire que c’est un menteur, parce que tu risques d’avoir toute l’équipe des avocats sur le dos. Et, ceux-là… ! Des mensonges, il y en eut beaucoup à Neu-châtel ; il ne faut pas oublier que nous sommes un peu après les votations cantonales. Et, ceux qui sollicitaient un poste, ceux de gauche, de droite ou bien je ne sais d’ où, c’était tous les meilleurs. Ils allaient tous faire des miracles. Ils allaient tous savoir résoudre nos problèmes. Jamais nous n’avons eu une telle chance de former un canton uni : plus de gens du Haut, plus de gens du Bas, tout le monde est placé sur le même pied d’égalité… Je me réjouis de voir cela. Nos amis français, eux aussi, ont droit à une marée de mensonges avant de se décider d’aller voter pour élire un nouveau président. Il ne se passe pas un jour, sans que l’un ou l’autre des candidats ne traîne au cul une nouvelle casserole… Et pour s’en débarrasser, vous savez, cela ne se passe pas toujours facilement. Il faut un démenti, qui entraîne bien souvent avec lui une craquée de nouveaux mensonges. Même s’il est en peine de donner une réponse, il faut à tout prix que le candidat s’exprime, qu’il se défende : et voilà à nouveau les menson-ges à foison. Dans le Canton du Jura et dans celui de Berne, les mensonges s’articulent autour de la date du 18 juin 2017… Pauvre ville de Moutier, il y a longtemps qu’on n’avait plus autant vanté tes valeurs. Il y a longtemps qu’on ne s’était pas ainsi agenouillé devant toi pour te dire tout l’amour qu’on te porte. On te promet tout et n’importe quoi aussi bien à Delémont qu’à Berne. Cela fait mal de voir qu’on te considère comme une valeur marchande. Que fais-on de ta riche histoire, de ton passé culturel, de ton âme ? De tout côté, de celui de Delémont comme de celui de Berne, le problème jurassien dérange, il faut le résoudre, et surtout il faut faire vite. Quel que soit le résultat du vote du 18 juin, les mensonges d’aujourd’hui déboucheront sur une autre forme du vrai problème jurassien. Enfin, « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes », comme le disait le philosophe et savant Leibniz.

J-M. Moine