Publié : 6 mars 2015

Chez le médecin

Tchie l’ méd’cïn 

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 6 mars 2015

Tchie l’ méd’cïn 

- Cment qu’çoli vait, adj’d’heû, Tave ?

- Çoli âdrait, mains ç’ât aidé çte tchaimbe drète que m’fait mâ. Èlle me fait aidé pus mâ. I me r’yeûve lai neût po boudgi èt pâre de çte truerie d’ poûejon qu’vôs m’èz bèyie.

- Èt peus, çoli pésse ?

- Oh, pe po longtemps.

- Èt dains lai djouénèe ?

- Dains lai djouénès, i n’yi muse pe trop. È y é l’tieutchi, les p’tèts l’afaints, les dgerènnes, les laipïns, mon tchïn. Ah, çtu-li, s’i n’aivôs p’mon tchïn ... Le soi, i cheus les novèlles en lai laivimaidge, i yés lai feuille, i m’coutche, èt peus voili qu’çoli me r’prend, çte tchaimbe drète me r’yaince.

- Qu’ât-ce que vôs vlèz, ç’ât d’lai véyaince, Pére Tave.

- Ç’ât di véye bôs ?

- I n’és p’dit çoli.

- È fât pâre son mâ en paîje, dyait mai mére. È yi était bïn aîgie, èlle n’était djemais malaite, piepe ïn reûche.

- Pére Tave, vôs daites porcheûdre d’avô ci poûejon, çte truerie, cment vôs dites. Ç’ât le seul moyïn d’calmaie lai deloûe. Èt peus lai gâtche ? Èlle vôs fait aiche bïn seûffri ?

- Mains nian, dottoé, i n’sens ran d’lai gâtche. Vôs m’dites que ç’ât d’lai véyaince. Poétchaint, lai gâtche, èlle é l’meinme aidge que l’âtre.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 2.5 Mo

Chez le médecin

—  Comment ça va aujourd’hui, Gustave ?

—  Ça irait, mais c’est toujours cette jambe droite qui me fait mal. Elle me fait toujours plus mal. Je me relève la nuit pour bouger et prendre de cette saloperie de poison que vous m’avez donné.

—  Et puis, ça passe ?

—  Oh, pas pour longtemps.

—  Et dans la journée ?

—  Dans la journée, je n’y pense pas trop. Il y a le jardin, les petits-enfants, les poules, les lapins, mon chien. Ah, celui-là, si je n’avais pas mon chien… Le soir, je suis les nouvelles à la télévision, je lis le journal, je me couche, et voilà que ça me reprend, cette jambe droite me “relance”.

—  Qu’est-ce que vous voulez, c’est de la vieillesse, Père Gustave.

—  C’est du vieux bois ?

—  Je n’ai pas dit ça.

—  Il faut prendre son mal en patience, disait ma mère. Il lui était bien facile, elle n’était jamais malade, même pas un rhume.

—  Père Gustave, vous devez continuer avec ce poison, cette saloperie, comme vous dites. C’est le seul moyen de calmer la douleur. Et la gauche ? Elle vous fait aussi souffrir ?

—  Mais non, docteur, je ne sens rien de la gauche. Vous me dites que c’est de la vieillesse. Pourtant, la gauche, elle a le même âge que l’autre.


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