Publié : 5 mai

La leçon de calcul

Lai yeuçon d’ cailcul

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 5 avril 2017

Lai yeuçon d’ cailcul

Nôs sons dains lai classe de Mam’zèlle Augusta. Ç’ât ènne boènne régente que fait di bon traivail. Les afaints l’ainmant bïn èt peus les poirents sont contents. Èlle aicmence tos les matins poi
révijaie les mains. Ses p’tèts éyeuves péssant d’vaint lée yun drie l’âtre èt yi présentant yos
mains. En çtu que ne les é p’ totes nattes, èl môtre sains ïn mot le poula et le saivon. È sait ço qu’ çoli vlait dire. Peus ç’ât l’quât d’hoûere de livrat èt di cailcul de téte. Çoli veut yos servi pus taîd po djûere és câtches èt comptaie les points.

—  Nôs vl’ans révijaie le livret di hêute, qu’èlle dit. C’était l’ daivoi po âdj“d”heû. Tus ensoène.

Les éyeuves :

—  Ïn côp hêute, heûte. Dous côps heûte, sâze.

—  Pus foûe !

—  Trâs côps heûte, vïngt-quaitre.

—  Bon, ensoène, çoli é l’air d’allaie. Mit’naint, ènne quèchtion en tchétçhun. Toi, Zidore, sept côps hêute.

Le Zidore é d’ lai poène. È s’vire d’ lai sens d’ lai Mélise que sait aidé ses yeuçons ch’ le bout di p’tèt doigt.

—  An n’çhiôche pas, Mélise. Zidore, te m’ copierés po d’main le livrat di heûte. Mit’naint, ïn probyème pratitçhe. Ïn pére aitchete chés botoilles de roudge è heûte francs lai botaille. Çoli yi fait cobïn ?

Ci côp, le Zidore se révoiye :

—  Tchie nôs, çoli f’rait è poène lai snainne, Mam’zèlle !


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La leçon de calcul

Nous sommes dans la classe de Mademoiselle Augusta. C’est une bonne enseignante qui fait du bon travail. Les enfants l’aiment beaucoup, les parents sont satisfaits. Elle commence la matinée par le contrôle des mains. Les petits élèves passent devant elle en colonne par un et présentent leurs mains. A celui qui ne les a pas parfaitement propres, elle désigne sans un mot le robinet et le savon. Celui-ci sait ce que cela signifie. Puis c’est le moment du livret (la table de multiplication) et du calcul oral. Cela leur sera utile plus tard pour jouer aux cartes et compter les points.

—  Nous allons répéter le livret du huit, dit-elle. C’était le devoir d“aujourd”hui. Allons-y tous ensemble.

Les élèves :

—  Une fois huit, huit. Des fois huit, seize.

—  Plus fort !

—  Trois fois huit, vingt-quatre.

—  Bon, ensemble, ça a l’air de marcher. Maintenant, une question à chacun d’entre vous. Toi, Isidore, sept fois huit.

Isidore a de la peine. Il se tourne du côté de Marie-Lise qui sait toujours ses leçons sur le bout du doigt.

—  On ne souffle pas, Marie-Lise ! Isidore, tu me copieras le livret du huit pour demain. Maintenant, voici un problème pratique. Un père achète six bouteilles de vin rouge à huit francs la bouteille. Ça lui fait combien ?

Cette fois, Isidore se réveille :

—  Chez nous, ça ferait à peine la semaine, Mademoiselle.


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