Publié : 17 février

Prudeince

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 17 février 2017

Prudeince

Ci Rico, çoli fait è poènne trâs snainnes qu’èl é l’ permis. È n’é p’encoé de dyïmbarde, è prend cée d’ ses poirents. È rôle cment ïn brije-cô. Le pé, ç’ât qu’è boit. È n’ dairait pe, è l’ sait bïn. Po ïn nové conducteur, piepe ïn voirre de vïn, piepe ènne biere.

Le Rico rôlait de Beun’véjin contre Niungnéz, chu ci long bout drèt. En fevrie, lai vie ât bïn s’vent dgeâlèe. Mon Rico zigzaguait, taintôt è gâtche, taintôt è drète. Drien l’ sellie v’niait bïn saidg’ment de Niungnéz contre Beun’véjin. È n’é p’ poéyu évitaie ci croûeye condudjou. Les dous dyïmbardes se sont rentrèes d’ dains. Le Rico s’ât tirie è grant poéne de sai dyïmbarde aiccreutchie, tot biève, des beugnes plein l’ moére, di saing ch’ les mains. Le Drien n’aivait ran di tot, mains èl était fô d’ raidge. È v’lait empoingnie ci bianc bac que se f’sait tot capot.

- Nôs se vlans chiquaie, qu’è dyait. Chutôt, ne dites ran en mes poirents. Yote dyïmbarde ât en moéchés, lai vôtre aich’ bïn. Mains nôs sons vétyaints. Nôs airïns poéyu étre tyuès ch’ le côp.

- Èt peus mit’naint, qu’ât-ce qu’an fait, Rico.

- Miedge po ces dyïmbardes, Drien, di temps qu’ nôs sons vétyaints. Ç’ât ïn miraitçhe, qu’i vôs dis. È nôs fât fétaie çoli. I aî ènne boènne botoille dôs mai sèlle.

Èl oeuvre çte botoille.

- Tenis, boites.

- Bois s’ te veus. Moi, i ainme ataint ïn chlouk d’âve. An n’sait dj’mais, s’ès nôs faint çhoûeçhaie dains l’ ballon ...


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Prudence

Cela fait à peine trois semaines que Riquet a son permis de conduire. Il n’a pas encore sa propre voiture, il prend celle de ses parents. Il roule comme un casse-cou. Le plus grave, c’est qu’il boit. Il ne devrait pas, il le sait bien. Pour un nouveau conducteur, tolérance zéro, ni vin ni bière.

Riquet roulait de Beurnevésin en direction de Lugnez, sur ce long tronçon rectiligne. En février, la route est souvent verglacée. Riquet zigzaguait, tantôt à gauche, tantôt à droite. Adrien le sellier venait correctement de Lugnez en direction de Beurnevésin. Il n’a pas éviter le chauffard. Les deux voitures sont entrées en collision frontale. Riquet s’est sorti à grand peine de sa tôle froissée, pâle, des bleus au visage, du sang sur les mains. Adrien était indemne, mais il était furieux. Il allait rosser ce blanc bec tout penaud.

—  On va régler ça à l’amiable, disait-il. Surtout, ne dites rien à mes parents. Leur voiture est fichue, la vôtre aussi, mais nous sommes vivants. Nous aurions pu être tués sur le coup.

—  Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait, Riquet ?

—  Tant pis pour ces voitures, Adrien, du moment que nous sommes en vie. C’est un miracle, que je vous dis. Il nous faut fêter ça. J’ai une bonne bouteille sous mon siège.

Il ouvre la bouteille.

—  Tenez, buvez.

—  Bois si tu veux. Moi, j’aime autant une gorgée d’eau. On ne sait jamais, si on nous fait souffler dans le ballon.


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