Djasans
Patois Jurassien

Djasans Patois Jurassien

Publié dans le Quotidien Jurassien le 24 juillet 2026

En graingne

Lai Memïn ât aidé de bon l’aigrun. Èlle ne se bote djemais en graingne. Èt poétchaint, èlle airait des côps bïn des réjons. Tot l’ contraire de sai p’tète-fèye, d’aivéje se dgentille, mais que peut pityaie des roingnes qu’an n’ lai r’coégnât pus. Èlle demainde en sai grant-mére : « Çoli ne t’ât djemais airrivè de t’engraingnie ? »
– Ô, que chié, bïn des côps. Çoli airrive en tot l’ monde. i n’seus pe moyoue qu’ènne âtre.
– Le drie côp qu’ te t’es botèe en graingne, c’était tiaind ?
– Hyie.
– Contre tiu ?
– Contre moi. I v’lôs tchâss’naie èt peus i n’eurtrevôs pus mes breliçhes. I âî chneuqè tot poitchot : dôs l’ yét, dains l’ tirou d’ lai tieujènne, dains mon d’vantrie, dains mon mainté. I aî r’trovè l’étui, mains les brelitçhes, beurnitçhe ! I m’ seus trâtèe de tos les noms d’oûejés. Véye dobe qu’ seus ! Sôle de chneuquaie, i aî promis cent sous è sïnt Antoéne, te sais, çtu que que r’trôve ç’ qu’an ons predju. En péssaint d’vaint le grant mirou de mai tchaimbre, i m’seus raivoétèe. Èt qu’ât-ce qu’ vois ? Mes breliçhes ! I les aivôs tçh’ri poitchot, èt peus i les aivôs ch’ le meuté. I aî pointè mon index ch’ lai tempe, èt peus i seus paitchi d’in grant écâtchèt. I aivôs r’trovè mes brelitçhes, mains i en étôs po cent sôs.

Note
Memïn, grand-mère, terme affectueux (Vatré)


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En colère

Grand-Maman est toujours de bonne humeur. Elle ne se met jamais en colère. Et pourtant, elle aurait souvent bien des raisons. Tout le contraire de sa petite-fille, d’habitude si gentille, mais qui peut s’emporter au point qu’on ne la reconnaît plus. Elle demande à sa grand-mère : « Cela ne t’est jamais arrivé de te fâcher ? »
– Oh que si, bien souvent. Cela arrive à tout le monde. Je ne suis pas meilleure qu’une autre.
– La dernière fois que tu t’es mise en colère, c’était quand ?
– Hier.
– Contre qui ?
– Contre moi. Je voulais tricoter et je ne retrouvais plus mes lunettes. J’ai cherché tout partout : sous le lit, dans le tiroir de la cuisine, dans mon tablier, dans mon manteau. J’ai retrouvé l’étui, mais les lunettes, bernique ! Je me suis traitée de tous les noms d’oiseaux. Vieille folle que je suis ! Fatiguée de fureter, j’ai promis cinq francs à saint Antoine, tu sais, celui qui retrouve ce qu’on a perdu. En passant devant le grand miroir de ma chambre. Je me suis regardée. Et qu’est-ce que je vois ? Mes lunettes ! Je les avais cherchées partout et les avais sur le nez. J’ai appuyé mon index sur la tempe et je suis partie d’un grand éclat de rire. J’avais retrouvé mes lunettes mais j’en étais pour cinq francs.



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