Publié dans le Quotidien Jurassien le 7 août 2026
Le dichcoué
Hyie, le régent é prépairè l’ fûe d’aivô ses grants éyeuves â yûe-dit Ch’lai-Foérêt. Ce premie d’août, és heute di soi, les dgens se raissembyant â môtie. Aiprés ïn tchaint d’ lai Sïnte-Cécile, le tyurie fait ènne prayiere è sïnt Nicolas de Flue.
Fanfoére en téte, tote lai comm’nâtè se dépyaice Ch’lai-Foérêt. Les afaints poétchant yos yaimpattes â bout d’ènne voirdgeatte de tyeudre. Lai pet’ète tchaindèlle qu‘ât dedains, è n’ poérraint l’aillumaie qu’en lai roûeneût, tiaind qu’ le régent airé enfûe son grôs moncé d’ bôs. Le cortédge airrive Ch’lai-Foérêt. Le maire soûe ïn paipie d’ sai baigatte, bote ses brelitçhes èt d’mainde lai coidge. Aiprés l’ dichcoué di maire, les afaints tchaintant Ô Monts indépendants. Les aidyultes mâçhant yos voix en cées des éyeuves. La fanfoére djûe encencoé ïn moéché. Enfïn, ç’ât l’ môment taint aittendu, le fûe.
En lai d’mée des onze, les méres qu’aint des p’tèts l’afaints rentrant po les coutchi. Les hannes s’en vaint â cabairèt. Les djûenes dainsant atoè di fûe èt se chmoutsant dains les boûetchèts. È méneût, les hannes rentrant yun aiprés l’âtre. L’Arnold, qu’ât dj’ïn pô noi, monte chu ènne sèlle èt yeuve son voirre è lai saintè de Winkelried. « Dâ l’temps qu’ nos véyes dgens aint tcheussi les tyrans … »
Râte ton dichcouè, Winkelried, yi dit l’ paitron. È y é tai fanne qu’airrive !
Note :
yos yaimpattes, leurs lampions
ènne voirdgeatte de tyeudre, une baguette de noisetier
Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

Le discours
Hier, le régent a préparé le feu avec ses grands élèves au lieu-dit Sur-la-Forêt. Ce premier d’août, à huit heures du soir, les gens se rassemblent à l’église. Après un chant de la Sainte-Cécile, le curé fait une prière à saint Nicolas de Flue.
Fanfare en tête, toute la communauté se déplace Sur-la -Forêt. Les enfants portent leurs lampions au bout d’une baguette de noisetier. La petite chandelle à l’intérieur, ils ne pourront l’allumer qu’au crépuscule, quand le régent aura allumé son gros tas de bois. Le cortège arrive Sur-la -Forêt. Le maire sort un papier de sa poche, chausse ses lunettes et demande le silence. Après le discours du maire, les enfants chantent Ô Monts indépendants. Les adultes mêlent leurs voix à celles des enfants. La fanfare joue encore un morceau. Enfin, ç’est le moment tant attendu, le feu.
À dix heures et demie, les mères qui ont des petits enfants rentrent pour les coucher. Les hommes s’engouffrent au cabaret. Les jeunes dansent autour du feu et s’embrassent dans les buissons. Â minuit, les hommes rentrent un après l’autre. Arnold, qui est déjà un peu éméché, grimpe sur une chaise et lève son verre à la santé de Winkelried. « Depuis le temps où nos ancêtres ont chassé les tyrans … »
Arrête ton discours, Winkelried, lui dit le patron. Il y a ta femme qui arrive !
