Djasans
Patois Jurassien

Djasans Patois Jurassien

Publié dans le Quotidien Jurassien le 23 octobre 2026

Le voiyaidge sains retoué

Lai Maria, qu’aivait aivu ses cent ans, vétyait toûedge tot d’ pai lée
dains sai maij’natte en raîje de l’âve. Sai fèye péssait tchéque djoué po voûere se tot allait bïn. Ât airrivè ç’ qu’airrive bïn s’vent tchie les véyes dgens. Lai Maria ât tchoée dains sai tieujènne. Èlle feut tranchpoétchèe en l’hôpitâ. Cment qu’èlle allait de pus en pus mâ, sai fèye é dit â tiurie de péssaie po lai prépairaie â grant dépaît èt yi bèyie les dries saicrements.

Lai Maria était sai pus véye bairoitchouse. È n’ l’aivait p’ vu bïn s’vent â môtie, encoé moins dains lai boéte és mentes. Mains è daivait bïn recoégnâtre que c’était ènne boénne dgen meinme s’èlle n’était p‘ènne raînne d’aibnétie.

Dains sai tchaimbre d’hôpitâ, èlles étïnt quaitre. Le tiurie entré èt tyiré l’ ridé.
- Bondjoué, Maria, i seus v’ni …
- Vôs peutes djâsans pus foûe. Mes trâs véjines sont soûedges cment des potats.
- Bïn voili, Maria. Vôs étes ch’ le point d’ pésssaie d’ l’âtre sens. È n’ vôs p’ fât aivoi paivou. Vôs v’lèz entraie dains lai lumiere. Vôs v’lèz r’trôvaie tos vôs tchies dichpairus, des dgens que sont paitchis aivaint vôs, vos poirents, vote hanne.

Èt lai Maria, çte mâcraiyainne :
- Qu’ât-ce que vôs en saîtes ? Vô y étes allè ?

Notes
tot d’ pai lée, toute seule
en raîje de l’âve, au bord de l’eau


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

Voyage sans retour

Maria, qui venait d’avoi cent ans, vivait seule dans sa petite maison au bord de la rivière. Sa fille passait chaque jour pour voir si tout allait bien. Arriva ce qui arrive souvent chez les personnes âgées. Maria fit une chute dans sa cuisine. Elle fut transportée à l’hôpital. Comme elle allait de plus en plus mal, sa fille demanda au curé de passer pour la préparer au grand départ et lui donner les derniers sacrements.

Maria était sa plus ancienne paroissienne. Il ne l’avait pas vue souvent à l’église, encore moins au confessionnal. Mais il devait bien reconnaître que c’était une brave personne, bien qu’elle ne fût pas une grenouille de bénitier.

Elles étaient quatre dans la chambre. Le curé entra et tira le rideau.
- Bonjour, Maria, je suis venu …
- Vous pouvez parler plus fort. Mes trois voisines sont sourdes comme des pots.
- Eh bien voilà, Maria. Vous êtes sur le point de passer de l’autre côté. Vous ne devez pas avoir peur. Vous allez entrer dans la lumière. Vous retrouverez tous vos chers disparus, des gens qui sont partis avant vous, vos parents, votre mari.

Et cette mécréante de Maria :
- Qu’est-ce que vous en savez ? Vous y êtes allé ? 


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