Publié dans le Quotidien Jurassien le 4 avril 2025
Neût de naces
Source : Jean-Marie Voirol
Lai neût d’ naces, en ci temps-li, daivait étre lai tote premiere neût qu’ïn coupye péssait enoénne. Èlle était cheûyèe d’ lai yeune de mie que poéyait ne durie qu’ènne séjon, o bïn tote ènne vétyaince dains l’ moyou des cas. S’ïn afaint tchoyait â monde aivaint les nuef mois, c’était mâ vu. « Ces dous-li, ès aint botè lai tchairrue d’vaint les bûes. » Pe de r’lation d’vaint l’ mairiaidge. Lai régle était chtrèngue.
Les boûbes que s’étïnt aibstenis s’ rédjoûyïnt d’ lai neût d’ naces. Le moment était enfin li de dremi dains l’ meinme yét. Les baîchattes en aivïnt putôt pavou. Èlles n’étïnt p’ bïn raichurèes.
Le Fritz èt lai Djustine que s’ fréquentïnt sont aivu trovaie l’ tiurie. Le chire é ain’noncè di hât d’ lai tchaïre : « È y é promâsse de mairiaidge entre ci Fritz èt lai Djustine. Çtu que coégnétrait ïn empâtche ât teni de m’ le faire è saivoi. »
È n’y é p’aivu d’empâtche. Le Fritz èt lai Djustine se sont mairiès, â civil èt â môtie, ch’lon lai boénne véye traidichion. Lai mére yi aivait dit en sai baîchatte : « Te profiterés bïn de vot’ neût d’naces. » Èlle-meinme aivait voidgè ïn bé seuv’ni d’ lai sïnne.
Les voili donc tos les dous dains lai tchaimbre è coutchi. Le Fritz s’ât dénutè en ïn ran de temps èt s’ât botè â yét. Èl aittend, fô d’aimoé èt d’aivietaince. Djustine ât drassie en lai f’nétre èt raivoéte â d’vaint l’heus, pe pressie di tot.
Te vïns, Djustine, i t’aittends. Qu’ât-ce te fais chi long ?
Mai mére m’é dit qu’lai neût d’ naces, ç’ât lai pus bèlle neût d’ lai vie. Dâli i raivoéte feu, mains i n’ vois ran d’ pairticulie. Ç’ât ènne neût cment les âtres.
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Nuit de noces
Lai nuit de noces, à l’époque, devait être la toute première nuit qu’un couple passait ensemble. Elle était suivie de la lune de miel qui pouvait ne durer qu’une saison, ou toute une vie dans le meilleur des cas. Si un enfant naissait avant les neuf mois, c’était mal vu. « Ces deux-là, ils ont la charrue avant les bœufs. » Pas de relation avant le mariage. La règle était stricte.
Les garçons qui s’étaient abstenus se réjouissaient de la nuit de noces. Le moment était enfin là de dormir dans le même lit. Les filles en avaient plutôt peur. Elles n’étaient pas rassurées.
Fritz et Justine qui se fréquentaient sont allés trouver le curé. Celui-ci annonça di haut de la chaire : « Il y a promesse de mariage entre Fritz et Justine. Celui qui connaîtrait un empêchement est tenu de m’en informer. »
Il n’y avait pas d’empêchement. Fritz et Justine se sont mariés, au civil et à l’église, selon la bonne vieille tradition. La mère avait dit à sa fille : « Tu profiteras bien de votre nuit de noces. » Elle-même avait gardé un beau souvenir de la sienne.
Les voilà donc tous les deux dans la chambre à coucher. Fritz s’est dévêtu rapidement et s’est mis au lit. Il attend, dévoré d’amour et de désir. Justine est debout à la fenêtre et regarde au dehors, pas pressée du tout.
Tu viens, Justine, je t’attends. Pourquoi fais-tu si long ?
Ma mère m’a dit que la nuit de noces, c’est la plus belle nuit de la vie. J’ai beau regarder dehors, je ne vois rien de particulier. C’est une nuit comme les autres.
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