Publié : 11 décembre 2020

Crômas de Nâ

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 11 décembre 2020

Crômas de Nâ

Le diridjou di supermairtchie é t’aivu ènne saqueurdie d’ cheurprije tiaind qu’èl ât airrivè â bureau voi les chés di maitïn. Èl é trovè ïn laire endremi dains les çhioûeres. Les dgendairmes aip’chus airrivainnent tot comptant. L’hanne s’ât léchi râtaie sains r’djïmbaie. C’était ïn poûere ôvrie que n’aivait djemais aivu aiffére d’aivô lai djustice, pére de quaitre petèts l’afaints.

Dains son sait, è y aivait des nouches, des latch’ries, des saivattes, des vétures, des djûes d’ societè, des tchaindoéyes po l’ saipïn d’ Nâ èt meime di champagne. Tot ç’ qu’è fât po ènne bèlle lôvrèe en faimille. L’hanne feut tradut d’vaint l’ djudje. Çtu-ci était bïnvéyaint. Èl aivait yé le raipport des dgendairmes èt peus raivoétè les beûye-dgens. En pus, l’aittyusè yi f’sait pidie. È ne v’lait p’ trop l’ botaie dains l’embairrais.

- Dites-voûere, qu’è yi d’maindé, qu’ât-ce qu’an vôs repreutche â djeute ?

L’hanne se coidgeait, lai téte béchie.

- I vôs écoute. Vôs n’èz p’ fâte d’aivoi pavou. I n’ veus p’ vôs maindgie. Pailèz pie !
- Eh bïn voili. An me repreutche d’aivoi fait mon mairtchie d’ Nâ trop tôt !
- Mains ç’ n’ât p’ défendu. Èt peus, trop tôt, qu’ât-ce que vôs entendez poi li ?
- Poéche qu’i seus v’ni aivaint l’euv’ture di maigaisin.

Notes

beûye-dgens, néologisme : caméra de surveillance. È t’ fât t’ méfiaie des beûye-dgens. Il faut te méfier des caméras de surveillance.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 4.2 Mo

Cadeaux de Noël

Le gérant du supermarché a eu une sacrée surprise quand il est arrivé à son bureau vers les six heures du matin. Il a trouvé un cambrioleur endormi dans les toilettes. Les gendarmes alertés sont venus immédiatement. L’homme s’est laissé arrêter sans résistance. C’était un ouvrier démuni, père de quatre enfants en bas âge, et qui n’avait jamais eu affaire avec la justice.

Dans son sac, il y avait des noix, des friandises, des pantoufles, des vêtements, des jeux de société, des bougies pour le sapin de Noël et même du champagne. Tout ce qu’il faut pour une belle veillée en famille. L’homme fut traduit devant le juge. Celui-ci était bienveillant. Il avait lu le rapport de police et visionné la caméra de surveillance. De plus, l’accusé lui faisait pitié. Il ne voulait pas le mettre trop dans l’embarras.

- Dites-moi, lui demanda-t-il, qu’est-ce qu’on vous reproche au juste ?

L’homme se taisait, la tête basse.

- Je vous écoute. Vous n’avez pas besoin d’avoir peur. Je ne veux pas vous manger. Parlez donc !
- Eh bien voilà. On me reproche d’avoir fait mon marché de Noël trop tôt !
- Mais ce n’est pas défendu. Et puis, trop tôt, qu’est-ce que vous entendez par là ?
- Parce que je suis venu avant l’ouverture du magasin.