Publié : 16 avril

Noces d’émeraude

Naces d’ém’raude

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 16 avril 2021

Naces d’ém’raude

L’Ansèlme et lai Suzanne, tiaind quès s’ sont mairiès, ès n’aint p’ fait d’ nace. Ès n’aivïnt p’ les moyïns, yos poirents non pus. Po les formalitès, èls aint péssè d’vaint ci Bassand que tenyait les r’gistres èt peus le lend’main ès s’ sont promis fidèlitè d’vaint l’ tiurie en lai bèche mâsse des sept. È y é quairante ans d’ çoli, èt peus ès sont toûedge ensoènne.

Po yos dieche annèes d’ mairiaidge, ès n’aint ran fait. Ç’ n’était p’ lai môde. Po les vingt ans, ran non pus. Po les trente, ran de ran.

Lai Suzanne, que fait tos les lotos, é dyaingnie ïn p’tèt létan. Dains l’ temps, on poéyait dyaingnie ïn saipïn, ïn stére de bôs, ïn ainimâ, des aijements. Ç’ât fini ; mit’naint, on dyaingne des bons. Son p’tèt létan, Suzanne airait poéyu l’ étchaindgie o bïn l’ vendre. Èlle l’é voidgi èt engraichi. Ç’ât mit’naint quasi ènne true è bacoénaie.

- Anselme, ç’ât dûemnénne note ainniversaire de mariaidge. Çoli veut faire quairante ans qu’ nôs sons ensoènne. Çoli s’ féte. I m’ seus musè, nôs poérrïns tyuaie çte true èt peus faire des envèllies.
- Tyuaie çte true ? Mains, èlle n’y ât po ran, çte poûere béte.

Note
aijement, vaisselle, ustensile de cuisine
bacoénaie, tuer le cochon


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Noces d’émeraude

Quand Anselme et Suzanne se sont mariés, ils n’ont pas fait de noce. Ils n’avaient pas les moyens, leurs parents non plus. Pour les formalités, ils ont passé devant l’officier d’état-civil, un certain Bassand à l’époque et, le lendemain, ils se sont promis fidélité devant le curé au cours de la messe matinale de sept heures. Il y a quarante ans de cela, et ils sont toujours ensemble.

Ils n’ont pas fêté leur dixième anniversaire de mariage. Ce n’était pas la mode. Le vingtième non plus, pas plus que le trentième.

Suzanne, qui fréquente tous les lotos, a gagné un porcelet. Autrefois, on pouvait gagner un sapin, un stère de bois, un animal, de la vaisselle. Ces temps sont révolus. Maintenant, on gagne des bons. Son porcelet, Suzanne aurait pu l’échanger ou le vendre. Elle l’a gardé et engraissé. C’est maintenant une truie bientôt prête à être bouchoyée.

- Anselme, c’est dimanche notre anniversaire de mariage. Cela fera quarante ans que nous sommes ensemble. Cela se fête. Je me suis dit que nous pourrions tuer le cochon et faire des invitations.
- Tuer cette truie ? Mais, elle n’y est pour rien, cette pauvre bête.