par Fleury Louis-Jos.
Publié dans le Quotidien Jurassien le 5 septembre 2025
Lai chmarotse
Source : Jean-Marie Voirol
Lai séjon des fruts, ç’ât âchi lai séjon d’ lai chmarotse. Èlle aicmence â tchâd temps d’aivô les çliedges po s’ finit en èrba d’aivô l’ réjïn. Les çliedges sont moiyoues chu l’aibre â çhair de yeune tyaind qu’ les hannêtes dgens dremant. Quaitre djûenes chmarotsant po l’ pyaiji. Ès s’ sont dj’ empiffrès de çliedges, d’hèrbâtattes, de damès. Mit’naint, ç’ât l’ réjïn. Èl ât encoé rai en Aidjoûe. Le Djosèt di Coénat pochéde ènne veingnatte que yi feunit ïn douçat réjïn rosè. Èlle tïnt chu ïn gréyaidge aittaitchie è ïn véye pammie.
An y vait çte nêut ?
An y vait.
Les voili paitchis en expédichion. Trâs coéyas faint le dyèt di temps qu’ le quaitrieme, grïmpe dains lai veingne, cope quéques bèlles graippes maivûres èt les forre dains sai tchemije que gontçhe dâ lai ceinture djuqu’â cô. Tot s’ pésse cment prévu safe qu’è ïn moment lai poûetche d’entrèe d’ lai mâjon s’euvre èt not’ Djosèt, fidèye è son aivéje, s’aippreutche de l’aibre po pichie d’vaint qu’ d’allaie s’ coutchi. Pris d’ pavou, le chmarotsou sâte è tiere èt se pyaique contre le trontchat di pammie.
Ci Djosèt é lai vue çhaile èt n’ voit p’ le chmarotsou que n’ fait pus qu’un d’aivô l’airbre èt è veude sai patiche contre lu. Ïmpossibye de fûere po l’ chmarotsou que s’ fait aspèrdgie cment qu’è fât. Hontou èt humiyie, è r’joint ses caim’rades èt pairtaidge son butïn. Djemais ès n’aint maindgie d’âchi bon réjïn.
Notes
les hèrbâtattes, les mirabelles
les damès, les damassines
sai patiche, sa vessie
coéyas, costauds
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La maraude
La saison des fruits, c’est aussi la saison de la maraude. Elle commence en été avec les cerises pour se terminer en automne avec le raisin. Les cerises sont meilleures sur l’arbre au clair de lune quand dorment les honnêtes gens. Quatre gaillards maraudent pour le plaisir. Ils se sont déjà empiffrés de cerises, de mirabelles, de damassines. Maintenant, c’est le raisin. Il est encore rare en Ajoie. Le Joseph du Coénat possède une petite vigne qui lui fournit un doux raisin rosé. Elle s’accroche à un grillage fixé à un vieux pommier.
On y va cette nuit ?
On y va.
Les voilà partis en expédition. Trois costauds font le guet pendant que le quatrième grimpe dans la vigne, coupe quelques belles grappes mûres et les fourre dans sa chemise qui gonfle depuis la ceinture jusqu’au cou. Tout se passe comme prévu, sauf que soudain la porte d’entrée de la maison s’ouvre et Joseph, fidèle à son habitude, s’approche de l’arbre pour pisser avant d’aller se coucher. Pris de panique, le maraudeur saute à terre et se plaque contre le tronc du pommier.
Joseph a la vue faible. Il ne voit pas le maraudeur qui ne fait plus qu’un avec l’arbre et il vide sa vessie contre lui. Impossible de s’enfuir pour le maraudeur qui se fait copieusement asperger. Honteux et vexé, il rejoint ses camarades et partage son butin. Jamais ils n’ont mangé d’aussi bon raisin.
Notes
les hèrbâtattes, les mirabelles
les damès, les damassines
sai patiche, sa vessie
coéyas, costauds
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