Publié : 23 juillet

Bienséance

Bïnséyaince

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 23 juillet 2021

Bïnséyaince

Dous Aidjoulats, ïn Tyaissèt èt peus ïn Gravalon, montïnt è pie tchie les Taignons po lai foénaie. Ès mairtchïnt lai lactaîtche en bandouliere.

Airrivès ch’ le côp des nûef en Lai Caquerèlle, ès s’ sont cordè ïn répit. Ès sont entrès â cabairèt, ès s’ sont inchtallès en ènne tâle èt ès aint commaindè ïn pitchèt d’ roudge. Le Tyaissèt é soûetchi d’ son sait dous triquets d’ pain, yun po lu, l’âtre po son caim’rade. Lai paitronne était ènne boénne dgen. « Mains, qu’èlle yôs dit, vôs n’ velèz p’ maindgie ci pain tot sat. I vôs aippoétche di fromaidge. »
Les dous l’hannes, que n’aivïnt p’ brament d’ sous, eur’fusïnt, mains lai fanne inchichté. « I vôs l’euffre. Ç’ât d’ bon tyûere. »
D’vaint que d’ paitchi, le Gravalon pré le rèchte de fromaidge èt l’ forré dains son sait.

- Mains, qu’ât-ce te faîs ?
- Coidge-te !
- Ç’ n’ât p’ poli !
- Coidge-te, qu’i t’ dis !

Voi les médis, ès s’ râtainnent dôs ènne fiatte po nonnaie. Le Tyaissèt, que n’aivait que son pain tot sat, raivoétait d’aivô envietaince le Gravalon maindgie son fromaidge.

- Dis, Grôs, te n’ m’en bèy’rôs pe ?
- Te sais quoi ? Maindge tai politèsse !

Note
lactaîtche en bandouliere, nusette en bandoulière
ïn Tyaissèt, un habitant de Coeuve
ïn Gravalon, un habitant de Beurnevésin
dôs ènne fiatte, sous un sapin


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 3.8 Mo

Bienséance

Deux Ajoulots, l’un de Coeuve et l’autre de Beurnevésin, se rendaient à pied aux Franches- Montagnes pour la fenaison. Ils marchaient, la musette en bandoulière.

Arrivés vers les neuf heures à la Caquerelle, ils se sont accordé une pause. Ils sont entrés au café, ils se sont installés à une table et ils ont commandé un pichet de rouge. Celui de Coeuve a sorti de son sac deux morceaux de pain, un pour lui, l’autre pour son compagnon. La patronne était généreuse. « Mais, leur dit-elle, vous n’allez pas manger ce pain sans rien. Je vous apporte du fromage. »

Nos deux gaillards, qui craignaient la dépense, refusèrent. Mais la patronne insista. « Je vous l’offre. C’est de bon cœur. »

Avant de partir, le gars de Beurnevésin fourra dans son sac le restant le de fromage.

- Mais, qu’est-ce que tu fais ?
- Tais-toi !
- Ce n’est pas poli !
- Tais-toi, je te dis !

Vers midi, ils s’arrêtèrent sous un sapin pour casser la coûte. Le type de Coeuve qui n’avait que son pain sec regardait avec envie l’autre manger son fromage.

- Dis donc, tu ne m’en donnerais pas ?
- Tu sais quoi ? Mange ta politesse !