Publié : 24 septembre

La cruche

Lai beurtchie

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 24 septembre 2021

Lai beurtchie

d’après Alphonse Daudet

 moment de s’ botaie en lai tâle, an r’mairtçhe qu’è n’y é pus ènne gotte d’âve dains lai beurtchie. Ci poûere leudg’ment n’é p’ de poula. L’âve, è lai fât tçhri â bené.

Djaîtçhe : S’vôs v’lèz, i en veus allaie tçhri.

Èt le voili que prend lai beurtchie, ènne grôsse beurtchie en tiere.

Le pére, que coégnât lai malaidrâsse de son boûebe : Se ç’ât Djaîtçhe qu’y vait, lai beurtchie ât ébretçhie, ç’ât chûr.
Lai mére : T’és oûyi, Djaîtçhe, ne lai brije pe, fais bïn aittention.
Le pére : Oh, t’és bé yi dire de n’ pe lai brijie. È l’ébretçh’ré tot d’ meinme.
Djaîtçhe : Mains en lai fïn, poquoi vôs vlèz qu’i l’ébretçheuche ?
Le pére : I n’ veus p’ que t’ l’ l’ébretçheuches, i dis que te l’ l’ébretçh’rés.

Djaîtçhe prend lai beurtchie èt soûe. Cïntye, dieche meneutes péssant. È ne r’vïnt pe. Lai mére se fait di tieusain.

Lai mére : Povu qu’è n’yi feuche ran airrivè.
Le pére : Qu’ât-ce te veus qu’è yi feuche airrivè ? Èl é ébretçhie lai beurtchie èt è n’ôje pe rentraie.

È s’yeuve, èl eûvre lai poûetche. Djaîtçhe ât ch’ le palie,tot capot, les mains veudes.

Diaîtçhe : I l’ai ébretçhie.

Note
Lai beurtchie, la cruche ; ébretçhie, ébrécher, briser, casser


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La cruche

Au moment de se mettre à table, on s’aperçoit qu’il n’y a plus une goutte d’eau dans la cruche. Ce pauvre logement n’a pas l’eau courante. L’eau, il faut aller la chercher à la fontaine.

Jacques : Si vous voulez, j’irai en chercher.

Et le voilà qui prend la cruche, une grosse cruche de grès.

Le père, qui connaît la maladresse de son fils : Si c’est Jacques qui y va, dit-il, la cruche est cassée, c’est sûr.

La mère : Tu entends, Jacques, ne la casse pas, fais bien attention.

Le père : Oh ! tu as beau lui dire de ne pas la casser, il la cassera tout de même.

Jacques : Mais enfin, pourquoi voulez-vous que je la casse ?

Le père : Je ne veux pas que tu la casses, je te dis que tu la casseras.

Jacques prend la cruche et sort. Cinq minutes, dix minutes se passent. Jacques ne revient pas. La mère se fait du souci.

La mère : Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé !

Le père : Que veux-tu qu’il lui soit arrivé ? Il a cassé la cruche et n’ose plus rentrer.

Il se lève, il ouvre la porte. Jacques est sur le palier, les mains vides, pétrifié.

Jacques : Je l’ai cassée.