Publié : 3 juillet 2020

Un benêt

Ïn beujon

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 3 juillet 2020

Ïn beujon

È y en aivait dous que fréquentïnt dâ brâment longtemps. À tchâtemps, ès péssïnt lai lôvre ch’ le banc d’vaint l’hôtâ. En huvie, ès d’moérïnt â poiye, d’vaint l’ foénat è maindgie des nuches et des nugèlles. Èt peus ces fréquentâchions durïnt, durïnt.
- Nôs dairïns s’ mariaie, dyé lai fèye qu’en aivait prou de çte situâchion.
- Ô, que réponjé le boûebe. Mains è nôs fât s’ fiainçaie devaint.
Voili que feut bon. Ès déchidainnent de s’ fiançaie. Ènne date feut fixèe. Mains le boûebe tenyait è ç’ que çoli d’moéreuche checrèt.
- Te n’en djâserés en niun. Djûre-me-le !
- Te peus comptaie chu moi.
Mains bïntôt, tot le v’laidge feut â courant.
- Ç’ât-é Dûe pôssibye, dyé l’ fiancie en sai fiancie. T’en és djâsè en quéqu’un.
- Nian, qu’i t’ dis.
- Chié, qu’i t’ dis.
- Yé bïn, chié. I le r’coégnâs. I l’aî dit en çt’ Hortense.
- Quélle Hortense ?
- T’ n’és p’ fâte de musaie, te n’ lai coégnâs pe. Ç’ât yènne que m’ dyait aidé po m’airgueussnaie : « Çoli m’émaiy’rait que te troveuches ïn beujon po te d’maindaie en mairiaidge. »


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 3.7 Mo

Un benêt

Il y en avait deux qui se fréquentaient depuis très longtemps. En été, ils passaient la soirée sur le banc devant la maison. En hiver, ils restaient dans la chambre commune, devant le fourneau, à manger des noix et des noisettes. Leurs fréquentations s’éternisaient.
- Nous devrions nous marier, dit la fille qui en avait assez de cette situation.
- Oui, répondit le jeune homme. Mais il faut nous fiancer avant.
Ainsi fut fait. Ils décidèrent de se fiancer. Une date fut fixée. Mais le garçon tenait à ce que cela reste secret.
- Tu n’en parleras à personne. Jure-le-moi !
- Tu peux compter sur moi.
Mais bien vite tout le village fut au courant.
- Ce n’est pas possible, dit le fiancé à sa fiancée. Tu en as parlé à quelqu’un.
- Non, dit-elle.
- Si, dit-il.
- Eh bien si, dit-elle. Je le reconnais. Je l’ai dit à Hortense.
- Quelle Hortense ?
- Inutile de chercher. Tu ne la connais pas. C’est une qui me disait tout le temps pour me provoquer : « Cela m’étonnerait que tu trouves un benêt qui te demanderait en mariage. »