Publié dans le Quotidien Jurassien le 28 février 2025
Sai fiertè
È n’ dyaingnait pe des mille èt des cents. D’aivô sai rotte d’afaints, èl aivait d’ lai poéne d’aipondre les dous bouts. Mains è foûeche de ménaidgie, èl aivait grotè è s’ conchtrure ènne maij’natte. Oh, ç’ n’était p’ ïn tchété. Ès étïnt ïn pô sarrès. Les boûebes dremïnt è quaitre dains ènne tchaimbre èt dous poi yét. Les baîchattes qu’étïnt dje des djûenes fèyes aivïnt tchétyune yote tchaimbre.
Sai caboénatte, c’était sai fiertè. Cment le r’naid o l’ téchon, è t’nyait è mairtçhaie sai cènie. « I veus poéyaie pichie â long d’ mai mâjon », qu’è dyait po coéy’naie.
Les afaints sont v’nis grants, ès aint aippris des méties, ès sont paitchis d’ l’hôtâ, ès s’ sont mairiès. Le coupye s’ât r’trovè tot d’ pai lu. Di côp lai maij’natte feut trop grante.
Tiaind qu’èl ât v’ni vaf, ses afaints aint v’lu l’ botaie dans ènne mâjon d’ véyes. « T’y s’rrôs bïn, Pére. Nôs v’lans v’ni te voûere. » È s’ât dém’nè cment ïn bé diaile : « Léchietes-me, qu’è dyait. I veus meuri dains mai mâjon. »
Notes
d’aipondre les dous bouts, joindre les deux bouts
mairtçhaie sai cènie, marquer son territoire
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Sa fierté
Il ne gagnait pas des mille et des cents. Avec sa famille nombreuse, il avait de la peine de joindre les deux bouts. Mais à force d’économies, il avait réussi è se construire une modeste maison. Oh, ce n’était pas un château. Ils étaient un peu à l’étroit. Les garçons dormaient à quatre dans une chambre et deux par lit. Les filles, plus âgées, avaient chacune leur chambre.
Sa chaumière, c’était sa fierté. Comme le renard ou le blaireau, il tenait à marquer son territoire. « Je veux pouvoir pisser le long de ma maison », disait-il plaisamment.
Les enfants ont grandi, ils ont appris des métiers, ils ont quitté la maison, ils se sont mariés. Le couple s’est retrouvé seul. De ce fait, la maisonnette fut trop grande.
Quand il est devenu veuf, ses enfants ont voulu le placer dans un foyer. « Tu y serais bien, Papa. Nous viendrons te voir. » Il s’est démené comme un beau diable : « Laissez-moi, disait-il. Je veux mourir dans ma maison. »
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