Publié : 28 février 2020

Longévité

Londye vétyaince

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 28 février 2020

Londye vétyaince

En lai Mâjon d’ véyes des Çlégies, è y é ènne cent’niere qu’é encoé tote sai téte. Vôs dairïns voûere çte mémoûere. Èlle se sovïnt d’ son régent qu’était si chtrèngue èt que triquait les afaints. Èlle se sovïnt d’ lai Mob, tiaind qu’è y aivait tos ces soudaits â v’laidge. Èlle se sovïnt qu’ès n’aivint p’ de téléphone en l’hôtâ èt peus qu’è faiyait ritaie tchie l’ véjïn â Coénât po téléphonaie. Ç’ât ïn piaiji d’ l’oûyi raicontaie.

Lai Césarie que dyaingne son pairaidis en f’saint des visites vïnt bïn s’vent lai voûere. Èlle yi aippoétche ïn p’tèt Ragusa èt peus èlles péssant lai vâprèe è djâsaie. De voûere çte cent’niere que s’ tïnt encoé bïn drète, qu’ât aidé bïn véti, bïn frisottèe, çoli yi fait tot envie en lai Césarie.
—  Vôs voites, qu’èlle yi dit, ç’ qu’i voérrôs, ç’ât v’ni véye cment vôs. Qu’ât-ce que vôs èz fait po d’moéraie en forme djuqu’è cent ans ? Vôs daites aivoi ïn ch’crèt.
—  Que nian. I n’aî p’ de ch’crèt. L’élixir de djûenaince, çoli n’existe pe. È n’ fât p’ craire tot ço qu’an graiy’ne li-d’chu. Moi, te vois, i aî traivaiyie tote mai vie. I n’ me seus dj’mais écoutèe.
—  Èt peus l’ toubac ?
—  I n’aî dj’mais femè. Mains mon p’tèt Malaga, chiè. Èt peus mon voirre de roudge è médi. L’aimoé, an n’en djâse pe. Çoli n’ fait qu’ïn temps.
—  Yé bïn, Daime, i fais dj’ des éffoûes, mains i en veus faire encoé pus. Vôs craites qu’aivô ènne vétyaince bïn randgie, i aî des tchainces de v’ni véye cment vôs ?
—  Des tchainces, poi dé ô, mains crais-me, t’ veus trovaie l’ temps grant.


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Longévité

A la résidence des Cerisiers vit une centenaire qui jouit encore de toutes ses facultés. Vous devriez voir cette mémoire. Elle se souvient de son instituteur si sévère et qui frappait les élèves. Elle se souvient de la Mobilisation et de tous ces soldats au village. Elle se souvient qu’ils n’avaient pas de téléphone à la maison et qu’il fallait courir chez le voisin pour téléphoner. C’est un plaisir de l’entendre raconter.

Césarie, qui gagne son paradis en faisant des visites, vient bien souvent la voir. Elle lui apporte un petit Ragusa et elles passent l’après-midi à bavarder. Césarie envie cette centenaire qui se tient encore bien droite, toujours élégamment vêtue et bien coiffée.

—  Voyez-vous, lui dit-elle, je souhaiterais vieillir comme vous. Qu’est-ce que vous avez fait pour rester en forme jusqu’à cent ans ? Vous devez avoir un secret.
—  Non, non. Je n’ai pas de secret. L’élixir de jeunesse, ça n’existe pas. Il ne faut pas croire tout ce qu’on écrit sur ce sujet. Moi, vois-tu, j’ai travaillé toute ma vie. Je ne me suis jamais écoutée.
—  Et le tabac ?
—  Je n’ai jamais fumé. Mais mon petit Malaga, si. Et mon verre de rouge à midi. L’amour, on n’en parle pas. Ça ne dure qu’un temps.
—  Eh bien, moi qui fais déjà des efforts, j’en ferai encore plus. Vous croyez qu’avec une vie bien rangée, j’ai des chances de devenir aussi âgée que vous ?
—  Des chances, certainement. Mais crois-moi, tu vas trouver le temps long.