Publié : 17 juillet 2020

Un homme de parole

Ïn hanne de pairôle

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 17 juillet 2020

Ïn hanne de pairôle

Prâtaie des sôs en ïn aimi, ç’ât piedre ses sôs èt son aimi. Ç’ n’ât p’ moi qui le dis, ç’ât lai véye saidgeince des peupyes. È y en é yun qu’aivait empruntè mille francs en ïn bon caim’rade. Sains paipie, sains notaire, ran qu’ènne empâmèe. Le prâtou aivait confiaince. Mains l’emprâtou eurbotait le tierme en lai snainne des quaitre-djudis.
Lai vâdyèye é v’lu qu’ès s’ trovechïnt dains les âllous di Landi, laivou qu’ès vendant tot ç’ qu’è fât po les tçheutchis.
- I seus bïn content d’ te voûere, dit l’prâtou. Èt peus les mille francs que te m’ dais, ç’ât po tiaind ?
- I n’ t’ai p’ rébiè. Pe d’ tieusain. Ci mois, i n’ peus p’ te les rendre. Mains...

L’âtre n’é p’ poéyu s’eurteni. Èl ât v’ni fô d’ raidge :
- Si m’ sovins bïn, te m’és dj’ dit lai meinme tchose le mois péssè. Èt l’ mois d’aivaint aito.
- Yé bïn, te vois, i ai t’ni pairôle.

Note
ènne empâmèe, une poignée de mains
le tierme, le terme, le moment de rembourser
Lai vâdyèye, le hasard
les âllous, les allées


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Un homme de parole

Prêter de l’argent à un ami, c’est perdre son argent et son ami. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’antique sagesse populaire.

Un homme avait emprunté mille francs à un bon camarade. Sans papier, sans notaire, rien qu’une poignée de mains. Le prêteur avait confiance. Hélas, l’emprunteur remettait à la semaine des quatre jeudis le moment de les rendre.

Le hasard a voulu qu’ils se rencontrent dans les allées du Landi, ce magasin qui vend tout ce qui est nécessaire au jardinage.
- Je suis bien content de te voir, dit le prêteur. Et ces mille francs que tu me dois, c’est pour quand ?
- Je ne t’ai pas oublié. Ne te fais pas de souci. Ce mois, je ne peux pas te les rendre. Mains...

L’autre n’a pu retenir sa colère :
- Si je me souviens bien, tu m’as déjà dit la même chose le mois passé. Et le mois précédent également.
- Eh bien, tu vois, j’ai tenu parole.