Publié : 24 juin

Quand je mange, je mange

Tiaind qu’i maindge, i maindge

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 23 juin 2022

Tiaind qu’i maindge, i maindge

Ïn djûene moinne d’maindé en son maître : « Vôs nôs djâsèz aidé de l’évoiye. Qu’ât-ce que ç’ât â djeute l’évoiye. Cment faire po étre toutchi poi lai divinne lumiere. Cment qu’ vôs faites, vôs ? »

Le véye saidge yi réponjé : « Tiaind qu’i maindge, i maindge.Tiaind qu’i doûe, i doûe. »
- Ç’ât ç’ que nôs fains, nôs âchi.Tiaind qu’ nôs maindgeans, nôs maindgeans, tiaind qu’ nôs dremans, nôs dremans. Nôs fains tot cment vôs, èt poétchaint...
- Ét poétchaint, s’i vôs comprends bïn, vôs n’étes pe contents d’ vôs. È vôs sanne que vôs n’ djoéates pe pyeinn’ment di temps que pésse. Vôs étes aidé preussies, aidé dains lai tiute. Vôs maindgies sains vrâment maindgie ; vôs dremèz sains vrâment dremi. Vot’ échprit n’ât p’ en son aiffére. Vos musattes paitchant dains totes les sens. Vôs étes dje airrivès d’vaint que d’ paitchi. È foûeche d’être tenjus, vôs péssez â long d’ lai biâtè. Craites-me, è n’ât p’ aîgie de vivre pyeinn’ment tchéque meneute.

Voili le dichcoué de saidgeince que t’nyait le véye moinne è y é des siecles en airriere. Qu’ât-ce qu’è dirait mit’naint ?

Note
l’évoiye, l’éveil
tenju, tendu, préoccupé
vô s n’ djoéates pe, vous ne jouissez pas
lai tiute, la hâte


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

Quand je mange, je mange

Un jeune moine demanda à son maître : « Vous nous parlez toujours de l’éveil. Qu’est-ce que c’est au juste l’éveil. Comment faire pour être touché par la lumière divine ? Comment vous faites, vous ? »

Le vieux sage lui répondit : « Quand je mange, je mange. Quand je dors, je dors. »
- C’est ce que nous faisons, nous aussi. Quand nous mangeons, nous mangeons, quand nous dormons, nous dormons. Nous faisons tout comme vous, et pourtant...
- Et pourtant, si je vous comprends bien, vous n’êtes pas contents de vous. Il vous semble que vous ne jouissez pas pleinement du temps qui passe. Vous êtes toujours pressés, toujours dans la précipitation. Vous mangez sans vraiment manger. Vous dormez sans vraiment dormir. Votre esprit n’est pas à son affaire. Vos pensées partent dans toutes les directions. Vous êtes arrivés avant de partir. À force d’être tendus, vous passez à côté de la beauté. Croyez-moi, il n’est pas facile de vivre pleinement chaque minute.

Voilà les propos de sagesse que tenait le vieux moine il y a des siècles. Qu’est-ce qu’il dirait maintenant ?

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