Publié : 20 décembre 2019

Mauvaise odeur

Croûeye seintou

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 20 décembre 2019

Croûeye seintou

Ïn beurlandou entre dains ïn maigaisïn de soulaies. È môtre ènne paire dains lai d’vainture.

- I voérrôs çtée-li.
- Quée grantou ? yi d’mainde lai vendouse.
- I n’en sais ran. Çoli fait chi grant qu’i n’ m’en seus pus aitchtè.
- Sietez-vôs. Èt peus rôtèz vôs soulaies, qu’i mesureuche.

L’hanne rôte ses soulaie. Ènne édjaichâle seintou monte de ses pies. Lai vendouse eurtieule, se botche le nèz èt rite aipp’laie lai réchponsâbye di raiyon.

- È m’en encrât, Daime, mains i n’ peus p’ sèrvi ci client. Ses pies sentant che croûye.
- Pe d’ tieusain, mai p’tète. Eurbote-te. I vais m’en m’ottyupaie.

Èlle s’aippreutche di trimardou, se bote à dgenonye d’vaint lu, mais se r’yeuve âchtôt, taint çte seintou l’étiûere. Ni yènne ni dous, èlle grimpe â premie, entre dains le l’ bureau di paitron po yi échpyiquaie lai situâchion.

- I y vais. Reprentes vot’ piaice !

Mains lu non pus ne suppoétche pe. È prend lai paire dains lai d’vainture :

- Ç’ât bïn çtée ci qu’ vôs v’lèz. Prentes-lai ! I vôs l’euffre. Mains démèrdez tot comptant èt ne r’botèz pus les pies poi chi ! Ç’ât-è Dûe pôssibye, dïnche ènne seintou !

Le vendreckséle s’en vai d’aivô la boéte dôs l’ brais. Ch’ l’égraîyon, èt se r’touène :

- Dis temps qu’vôs y étes, vôs n’ me bèy’rietes pe le ciraidge d’aivô ?

Note
édjaichâle, horrible
beurlandou, trimardou, vandrecksèle sont des mots de sens proche : vagabond, trimardeur, rôdeur


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Mauvaise odeur

Un vagabond entre dans un magasin de chaussures. Il en désigne une paire dans la vitrine.

- Je voudrais celle-là, dit-il.
- Quelle pointure ? lui demande la vendeuse.
- Je n’en sais rien. Ça fait si longtemps que je ne m’en suis plus acheté.
- Asseyez-vous. Et déchaussez-vous, que je prenne la mesure.

L’homme retire ses chaussures. Une odeur insupportable se dégage de ses pieds. La jeune fille recule, se bouche le nez et court chercher la responsable du rayon.

- Je regrette, Madame, mais je ne peux pas servir ce client. Ses pieds sentent si mauvais.
- Pas de souci, ma petite. Remets-toi, je vais m’en occuper.

Elle s’approche du trimardeur, s’agenouille devant lui, mais se redresse aussitôt, tellement cette odeur l’écœure. Sans hésiter, elle grimpe au premier étage, entre dans le bureau du directeur pour lui expliquer la situation.

- J’y vais. Reprenez votre place !

Lui non plus ne supporte pas. Il se saisit de la paire désignée dans la vitrine :

- C’est bien celle-ci que vous voulez ? Prenez-la ! Je vous l’offre. Mais dégagez immédiatement ! Et ne remettez plus les pieds ici ! C’est-il Dieu permis, une odeur pareille !

Le clochard s’en va, sa boîte sous le bras. Sur le seuil, il se retourne :
- Du temps que vous y êtes, vous ne me donneriez pas le cirage avec ?