Djasans
Patois Jurassien

Djasans Patois Jurassien

Publié dans le Quotidien Jurassien le 13 février 2026

Le véye ladre

D’après le poème de Théodore Botrel (1868-1925) ‘Le vieux grigou’

Po rempiâtre son saitchat d’étius, maitïn èt soi, le véye ladre boyait de l’âve d’aivô ïn triquèt d’ pain noi. Mit’naint, d’aivô sai foûetchune, è peut s’ paiyie di bianc pain. Mains, po crot’gnaie, è n’é pus de deints.

È dremait lai neût chu l’étrain. Mit’naint , rintri dains son alcôve, è ne peut pus trôvaie lai sanne. Des métchaints bredons le tailnant djuqu’â djoué.
È n’é pe coégnu lai tchalou de l’hôtâ, è n’eut ne fanne ne afaints. È n’aivait djemais d’envèllies. Mit’naint, l’aimoé peut caquaie en sa poûetche. Son tiûere ât moûe. Le véye ladre ne peut pus ainmaie !
È tcheussait les aimeunies que v’nyïnt pètlaie. È n’eut djemais âtiune pidie ne po les poûeres ne po les véyes. È n’airé djemais yos prayieres.
 moitan de ses étius d’oûe, le véye ladre ât bïn malhèy’rou.

Notes
crot’gnaie, mâcher la croûte
rintri, ratatiné
des bredons le tailnant, des fantômes le harcèlent
les aimeunies, les quêteurs d’aumônes
pètlaie, mendier


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

Le vieil avare

D’après le poème de Théodore Botrel (1868-1925) ‘Le vieux grigou’
Pour remplir son sac d’écus, matin et soir, le vieil avare buvait de l’eau avec un morceau de pain noir. Maintenant, avec sa fortune, il peut se payer du pain blanc. Mais, pour mâcher, il n’a plus de dents.

Il dormait la nuit sur la paille. Maintenant, recroquevillé dans son alcôve, il ne peut plus trouver le sommeil. De méchants fantômes l’agressent jusqu’au jour.
Il n’a pas connu la chaleur du foyer, il n’eut ni femme ni enfants. Il n’avait jamais de visites. Maintenant, l’amour peut frapper sa porte. Son cœur est mort. Le vieil avare ne peut plus aimer !
Il chassait les mendiants qui demandaient l’aumône. Il n’éprouva jamais aucune pitié ni pour les pauvres ni pour les vieillards. Il n’aura jamais leurs prières.
Au milieu de ses écus d’or, le vieil avare et bien malheureux.


Les chroniques patoises de Bernard Chapuis en 2026

Toutes les chroniques patoises de Bernard Chapuis