Ïn facteur de ci temps-li
C’était pus qu’ïn poétchou d’ lattres. C’était ïn impoétchaint pèrsonnaidge que maint’nait des aittaitches entre les dgens. Èl était r’ci cment ïn aimi, è s’ râtait bïn v’lantie, preniait l’ temps de djasaie ïn môment, chutot dains les fèrmes eurtieulèes. Çtu d’ Soubey montait djuqu’è lais d’vane di Tchâfoué. È f’sait sai touénèe è tchvâ ou bïn en moto. En huvie, çtu des Roudges-Tieres f’sait sai touénèe des côps en skis. Dains ci temps-li, è y aivait des valmons d’ nadge.
Henry Spiess (1876-1940) é graiy’nè bé poème chu ci facteur d’ïn âtre temps :
È s’en vïnt, d’ïn pas régulie,
Tot d’ pai lu, trïnnaint ses gros soulaies.
È s’en vïnt poi lai çhaire vie.
Ses soulaies sont biancs de poussat.
Poi les senties chu le gazon,
È dichpairât dains les mâjons.
È poétche (ât-ce qu’è sait ce qu’è poétche ?)
Les novèlles de poûetche en poûetche.
Èl é brâment tchâd, ç’ât ïn bon véye.
Le s’raye yi fait mâ és eûyes.
Èt vudaint son sait è mychtéres,
È s’en vait chu lai çhaire vie.

Un facteur de ce temps-là
C’était plus qu’un porteur de lettres. C’était un personnage important qui tissait des liens entre les gens. Il était accueilli comme un ami, il s’arrêtait bien volontiers, prenait le temps de parler un moment, surtout dans les fermes éloignées. Celui de Soubey montait jusqu’à la douane du Chaufour. Il faisait sa tournée à cheval ou à moto. Parfois, en hiver, celui des Rouges-Terres faisait sa tournée à skis. Dans ce temps-là, il y avait beaucoup de neige.
Henry Spiess (1876-1940) a consacré un beau poème à ce facteur d’un autre temps :
Il s’en va d’un pas régulier,
Tout seul traînant ses gros souliers.
Il s’en vient par la route claire,
Ses souliers sont blancs de poussière.
Par les sentiers sur le gazon,
Il disparaît dans les maisons.
Il porte (sait-il ce qu’il porte ?)
Les nouvelles de porte en porte.
Il a grand chaud, c’est un bon vieux…
Le soleil lui fait mal aux yeux.
Et, vidant son sac à mystères,
Il s’en va sur la route claire.
